Comme un air d’apocalypse. Les images tournent en boucle sur les écrans : Sydney plongé dans un épais brouillard orange, des cyclistes au chevet de koalas assoiffés, des villes entières évacuées… L’Australie traverse actuellement l’un des épisodes climatiques les plus critiques de son histoire. L’équivalent de la surface du Danemark est déjà parti en fumée tandis que les températures peuvent localement atteindre plus de 50 degrés.

L’état d’urgence est déclaré sur le quart du sud-est du pays. Quelques mois en arrière, en février, des inondations records et le largage de foin par hélicoptère aux bovins isolés assombrissaient déjà le paysage. Voilà maintenant deux campagnes laitières que le pays endure de lourds caprices climatiques et l’embellie n’est pas encore à l’ordre du jour.

17mois consécutifs de repli de la production laitière australienne

D’après l’organisme Dairy Australia, la collecte laitière locale affiche un repli de 5,5 % sur un an en octobre 2019. Cet écart se montait à 8 % au début de la campagne (voir l’infographique ci-dessus). Avec 9 milliards de litres collectés, le plus bas niveau enregistré depuis 1996, la campagne précédente de 2018-2019 était déjà en recul de 6 % sur un an. Pour FranceAgriMer, cette décroissance n’est plus seulement conjoncturelle, mais bel et bien structurelle.

Décapitalisation du cheptel laitier

« Les réformes laitières ont été abondantes depuis un an. Un certain nombre de fermes ont cessé leur activité et les prix de l’alimentation, y compris l’eau dans certaines régions, ont atteint des niveaux historiques », commente l’Institut de l’élevage (Idele). Selon Dairy Australia, le cheptel laitier australien de la campagne de 2018-2019 est en baisse de 7 % sur un an. Les abattages de femelles ont bondi de 23 % entre 2017 et 2018.

Concernant le nombre d’exploitations, l’érosion atteint 8,5 % sur la même période. Des chiffres bien au-delà des tendances habituelles. La Tasmanie, Victoria et la Nouvelle-Galles-du-Sud sont les États les plus durement touchés. De loin, les principaux bassins de production du pays, ces régions du sud-est sont également les plus affectées par les incendies qui ravagent actuellement l’Australie.

Le coup de frein est également donné sur l’agrandissement des cheptels, mais les données restent encourageantes. « En 1985, la taille moyenne d’un cheptel laitier était de 93 têtes, rappelle Dairy Australia. Elle est de 276 animaux aujourd’hui. » En parallèle, le niveau de production est passé de 2 900 litres par vache en 1980 à presque 6 200 litres aujourd’hui, soit une augmentation de 113 %.

« En saison normale, les conditions agroclimatiques du quart du sud-est du pays permettent une exploitation optimale du pâturage, explique Dairy Australia. On estime que 60 à 65 % de l’alimentation des vaches laitières en est issue. » Difficile de maintenir le cap désormais.

Une présence à maintenir à l’international

D’après le ministère de l’Agriculture local, « l’industrie laitière est l’une des plus rentables du paysage rural australien, garante de l’emploi de 43 000 personnes. » Le pays exporte 30 à 40 % du lait produit annuellement même si un léger déclin est à noter ces dernières années « en raison du repli des livraisons et de la hausse de la demande intérieure. »

–5 %C’est le recul des exportations laitières australiennes sur le début de la campagne de 2019-2020

Selon les chiffres recensés par la Commission européenne, seules les fabrications de fromage restent stables, que ce soit en année civile ou par rapport à la campagne précédente. À l’exportation, en volume, seuls les envois de lait liquide et fromages (hors cheddar) restent dynamiques.

Au total, Dairy Asutralia chiffre le repli des exportations laitières australiennes à presque 5 % sur le début de la campagne de 2019-2020. L’institut relève néanmoins une certaine compensation via la valeur ajoutée des produits exportés. En valeur, cette évolution se chiffre à +7 %, notamment grâce à la poudre de lactosérum (+27 %).

Perspectives en demi-teinte

La dernière étude de compétitivité laitière de FranceAgriMer, pour l’année 2018, place l’Australie à la onzième place de son classement des treize principaux bassins laitiers mondiaux. Malgré un regain de vitalité à l’exportation au début de 2018, le potentiel de production laitière et la durabilité des ressources pénalisent le pays.

« La production est très affectée par les évolutions à long terme de la météorologie, commente FranceAgriMer. La répétition d’épisodes d’extrêmes sécheresses a gravement impacté la production laitière du pays, ainsi que la compétitivité de son industrie. » Nul doute que les difficultés rencontrées en 2019 entraveront durablement la progression de l’Australie.

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Du côté des perspectives, les prévisions de Dairy Australia sont en demi-teinte. Sur le marché international, l’optimisme reste de mise. En plus d’une réorientation de la production vers des produits à plus forte valeur ajoutée, « les exportateurs locaux continueront de bénéficier de la faible cotation du dollar australien en 2020. » L’avenir n’est en revanche pas si rose sur la production laitière et le prix de revient des agriculteurs. Les récoltes de 2019 ont elles aussi été lourdement affectées par les caprices climatiques.

Le prix du foin et des céréales restent historiquement élevés au début de cette année. Le manque d’eau tire également le coût de l’irrigation vers le haut et contribue à serrer les marges des éleveurs.Dairy Australia, Dairy situation and outlook 2020

Au final, l’institut anticipe un recul de la production laitière de 3 à 5 % en 2020, dans un contexte de marges restreintes et de hausse des abattages. « La préparation et la réactivité des élevages vont plus que jamais jouer un rôle clé dans la campagne en cours », avertit Dairy Asutralia. Si pour l’heure le prix du lait reste une motivation de taille pour les éleveurs, « le contexte économique et climatique actuel émousse progressivement la rentabilité des industries laitières. »

Alexandra Courtya.courty@gfa.frJournaliste à La France Agricole – Service de l’élevage