Emily Padfield et Mark Warner exploitent 220 hectares dans le Warwickshire, dans le centre de l’Angleterre. Ils élèvent 850 brebis et 70 bovins. Ils produisent annuellement 1 600 agneaux lourds.

Avez-vous voté en faveur du Brexit ?

Non, car nous n’étions pas favorables à la sortie de l’Union européenne. Nous avons le sentiment d’être plus européens que simplement britanniques. Nous pensons tous les deux qu’il vaut mieux être unis au sein de l’Europe pour peser sur les marchés mondiaux. Nous avons été surpris, voire choqués, que de nombreux agriculteurs aient voté en faveur du Brexit, bercés par l’illusion qu’une sortie de l’Union européenne signifierait la fin de la lourdeur administrative et des normes qui décident de leur conduite d’exploration.

Nous savons que ce ne sera pas le cas puisque pour poursuivre les échanges commerciaux avec l’Union européenne, nous devrons respecter les mêmes normes environnementales, sanitaires et de bien-être animal. À moins bien sûr, de ne vouloir commercer qu’avec les États-Unis. Mais cela signifierait sacrifier nos standards de qualité et accepter d’être inondés par des produits de bas de gamme, ne respectant pas nos normes actuelles.

Quelles seront les conséquences de la disparition de la Pac sur votre exploitation ?

Nous sommes une exploitation de taille moyenne et les subventions de la Pac sont donc bienvenues, voire indispensables certaines années. Nous comprimons déjà nos charges au maximum alors les réduire encore impacterait directement notre productivité. Nous avons récemment ajouté un troupeau de bovins allaitants sur l’exploitation.

Comme la marge dégagée sur cet atelier est plus faible que celle des agneaux, production historique de l’exploitation, et qu’il y a en plus une épée de Damoclès sanitaire avec la tuberculose bovine, nous serions obligés de sacrifier cette production.

Heureusement, depuis quelques années, nous étudions nos options de diversification et nous travaillons à augmenter la part des activités non-agricoles dans notre revenu. Pour compliquer l’affaire, nous sommes aussi concernés par un plan environnemental local qui nous impose de geler 10 % de nos terres pour y implanter des cultures à haute valeur environnementale comme des fleurs sauvages.

Quels sont les projets agricoles du gouvernement britannique ?

Notre gouvernement a négocié une année de transition avec l’Europe. Le versement de nos primes Pac est donc garanti pour 2020. Après ça, il y aura une loi agricole, dont les premiers éléments viennent d’être révélés. L’objectif sera de mettre en place un nouveau cadre de subventions pour les agriculteurs.

D’après ce que nous savons, il s’agira de sortir du modèle actuel de subvention à la production pour payer les agriculteurs dans un esprit « argent public contre service public », selon Boris Johnson. Pour nous, service public signifie influence des consommateurs et contrairement à la France, les Britanniques se moquent de savoir d’où vient leur nourriture.

Nous ne savons pas vraiment comme ce principe se matérialisera, mais il est évident que le changement climatique, la qualité de l’eau et le bien-être animal, qui est déjà l’un des meilleurs au monde, seront les critères clés. Nous sommes bien conscients que le consensus général du gouvernement est de quitter la logique de production agricole pour aller vers le service environnemental. Il faudra voir les implications sur la sécurité alimentaire. Nous ne sommes pas tous végans !

Quel sera l’impact sur les revenus de votre exploitation ?

Pour le moment, c’est impossible à estimer car tout dépendra des accords commerciaux que le gouvernement sera capable de négocier, non seulement avec l’Union européenne mais aussi avec les pays tiers. Nous produisons 1 600 agneaux lourds par an ainsi que des brebis et vendons tout sur le marché intérieur.

Mais si nous n’arrivons pas à sécuriser l’exportation, le marché national va être engorgé et nous serons impactés car le prix va s’effondrer. Une chute de 10 euros par agneau aurait des conséquences dramatiques sur notre exploitation. Pour le moment, nous bénéficions de prix très intéressants, mais c’est surtout la faiblesse de notre devise qui influence cette hausse des cours.

Quel sera l’impact du Brexit sur le fonctionnement quotidien de la ferme ?

Nous avons l’avantage de ne pas avoir recours à de la main-d’œuvre extérieure puisque les deux fils de Mark sont impliqués dans la ferme. Nous n’avons donc pas à nous soucier du recrutement de salariés étrangers. En revanche, nous allons subir une hausse du coût des machines car elles viennent quasi toutes du continent et que notre devise est faible.

Nous produisons très peu de grosses machines agricoles en Angleterre. Cela dit, notre exploitation n’achète pas beaucoup de matériel et nous cherchons à faire durer les équipements le plus longtemps possible. L’autre point d’inquiétude est la disponibilité des fournitures vétérinaires. Nous faisons partie d’un groupement d’achat, donc nous espérons que cela nous protégera des pénuries. Le plus inquiétant, c’est que nous avons de grosses incertitudes sur la future disponibilité de certains médicaments vétérinaires.

Corinne Le Gall