« Dès lors que des abattages, dans des élevages foyers (de grippe aviaire) ou dans des élevages préventifs, ont lieu, l’état indemnise à hauteur de la valeur marchande des volailles. Pour accélérer l’arrivée de ces aides, nous allons fonctionner avec des avances qui arriveront dès la semaine prochaine et qui pourront aller jusqu’à 70 à 75 %. »

C’est ce qu’a annoncé le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, le 8 janvier 2020 lors d’un déplacement dans les Landes pour « témoigner de la solidarité de l’État dans l’épreuve que les éleveurs traversent à nouveau ».

« L’État est pleinement mobilisé pour apporter aux éleveurs du soutien : soutien dans les mesures de prévention et de dépeuplement, soutien social et soutien financier avec des indemnisations », a souligné le ministre à cette occasion.

Des indemnisations accueillies avec soulagement

Le Cifog, l’interprofession du foie gras, accueille « avec soulagement les annonces d’indemnisations des éleveurs, foyers ou victimes d’abattages préventifs ».

L’interprofession souhaitait également que soient prises en compte « les pertes liées à la non-production du fait de l’instauration de vides sanitaires plus longs dans les élevages ». Une demande qui semble avoir été entendue, puisque seulement quelques heures après la publication de ce communiqué, lors de sa visite dans les Landes, le ministre a précisé que les aides couvriraient bien le manque a gagné créé par le vide sanitaire mais « arriveraient dans un deuxième temps ».

« Ces indemnisations doivent aussi couvrir les pertes des couvoirs liées aux décisions administratives ainsi que les conséquences économiques pour les entreprises de transformation privées de matière première faisant suite à la mise à l’arrêt des élevages », a ajouté l’interprofession dans son communiqué du 8 janvier 2021.

Une flambée épidémique

Des mesures d’autant plus essentielles que l’épidémie progresse rapidement. « À ce jour, on dénombre 119 foyers d’infection dans les Landes, concentrés dans la Chalosse, territoire à forte densité d’élevages de canards gras. Des foyers, à ce stade plus isolés, ont également été identifiés dans les départements voisins des Hautes-Pyrénées (2 cas), des Pyrénées-Atlantiques (2 cas) et du Gers (1 cas) », précise le ministère dans un communiqué du 7 janvier 2021.

« L’enjeu du gouvernement, il est aujourd’hui de contenir la propagation de ce virus dans les élevages. Pour ce faire, nous devons mettre en place un abattage massif des volailles », a insisté le ministre.

Afin de stopper l’hémorragie causée par la grippe aviaire, Julien Denormandie a donc pris la décision d’amplifier les abattages préventifs, en vigueur depuis le 24 décembre dernier, et qui ont déjà permis d’éliminer plus de « 600 000 canards », comme l’a indiqué le ministre le 8 janvier.

Abattages préventifs dans un rayon de 5 km

Pour faire évoluer sa stratégie de lutte, le ministère s’est basé sur l’avis de l’Anses rendu le jeudi 7 janvier 2021 pour mettre en place des mesures de lutte supplémentaires :

  • Les abattages préventifs seront pratiqués dans un rayon de 5 km autour des foyers, contre 3 km auparavant. « Ils concerneront dans le premier kilomètre tous les oiseaux d’élevage et de basse-cour, et pour les 4 km suivants l’ensemble des palmipèdes et les autres volailles quand elles ne sont pas claustrées. » Une mesure bien accueillie par le Cifog qui juge qu’elle va « dans le bon sens afin d’essayer d’enrayer la propagation très rapide du virus dans les zones de production ». Toutefois, il estime « indispensable de faire très rapidement le point dans les prochains jours afin d’évaluer si cet élargissement à 5 km est suffisant ».
  • La réquisition d’abattoirs supplémentaires, la mobilisation du prestataire mandaté par l’État et des vétérinaires sanitaires vont permettre d’augmenter « significativement » les capacités d’abattage. « Aujourd’hui, la capacité d’abattage est de 80 000 palmipèdes par jour. À partir du milieu de la semaine prochaine, elle sera de 160 000 palmipèdes par jour », a indiqué le ministre. À ce jour, 3 abattoirs ont été réquisitionnés. Un quatrième le sera très prochainement. De plus, sera créée, avec l’interprofession et les services de l’état, « une plateforme pour procéder à l’abattage des foyers qui le nécessitaient ».
  • « La zone de surveillance de 10 km autour des foyers pourra être étendue jusqu’à 20 km, avec interdiction de sortie et d’entrée de volailles (y compris pour repeupler un élevage qui a terminé son cycle de production) ».

Le ministère a précisé que ces restrictions seraient réévaluées « d’ici à la fin du mois de janvier ». Julien Denormandie a tout de même spécifié que tous les canards des Landes ne seraient pas abattus.

Gérer la maladie à long terme

« Ce virus vient des oiseaux migrateurs, et on ne va pas arrêter leur migration, donc la seule solution efficace c’est de revoir ces protocoles de biosécurité », a insisté Julien Denormandie.

Le ministre a rappelé que 130 millions d’euros du plan de relance étaient affectés aux élevages, « notamment pour les investissements dans la biosécurité, pour s’inscrire sur le long terme ». Il s’est également engagé « à ne pas laisser les éleveurs seuls face à ces crises », avec un État « qui investit à leurs côtés ».

À lire aussi : Plan de relance, 455 millions d’euros pour l’agriculture d’ici à janvier 2021 (18/11/2020)

Le vaccin remis sur la table ?

Julien Denormandie a indiqué n’écarter aucune piste, y compris celle du vaccin, pour mettre fin aux crises sanitaires qui se renouvellent. Il a néanmoins rappelé qu’il n’y avait aujourd’hui aucun vaccin homologué, et que cette solution pourrait porter atteinte aux exportations, importantes dans la filière.

Le ministère a par ailleurs noté que la situation semblait « stabilisée dans les autres départements touchés par le virus depuis son introduction en France à la mi-novembre, puisqu’aucun nouveau cas, ni domestique ni sauvage, n’a été enregistré depuis 15 jours ».

À lire aussi : Grippe aviaire, la Chine ferme ses portes à la volaille française (06/01/2021)

Raphaëlle Borget