« Nous sommes convaincus du respect du bien-être animal dans les élevages mais nous souhaitons valoriser ce savoir-faire, explique Mathieu Pissot, manager filière bœuf chez Moy Park Beef Orléans. Constatant qu’il n’existait pas d’outil d’évaluation simple du bien-être animal, nous avons pris l’initiative d’en développer un. »

Depuis 2014, seize organisations agricoles (1) et Moy Park Beef Orléans co-construisent BoviWell, un outil informatique développé sur Excel. « Nous avons également échangé avec l’Inra, l’Institut de l’élevage, des vétérinaires, et mené des tests en élevages », précise Mathieu Pissot.

Un diagnostic d’une heure

« BoviWell va un cran au-dessus de la charte des bonnes pratiques d’élevage, présente-t-il. Nous nous sommes inspirés du référentiel européen « Welfare Quality », en le simplifiant pour que le diagnostic en élevage prenne une heure au lieu d’une journée. » « L’outil est facile d’utilisation et le diagnostic rapide », témoigne Xavier Guerin, de la coopérative Bovinéo.

L’évaluation est menée par un technicien. Lors d’une première phase, les caractéristiques et les résultats techniques de l’élevage sont relevés. Suit une phase d’observation qui permet d’évaluer le bien-être des animaux dans leur environnement, notamment la relation homme animal (test d’approche par un opérateur extérieur).

Une démarche de progrès

À l’issue du diagnostic, BoviWell calcule des résultats par catégories d’animaux et donne une note globale à l’élevage. Les bonnes pratiques et les voies d’améliorations sont mises en avant. « BoviWell quantifie le bien-être, là où la charte des bonnes pratiques d’élevage reste qualitative », explique Xavier Guerin.

« L’objectif est double, expose Bruno Collin, président de la section bovine de Coop de France. Il s’agit d’une démarche de progrès pour les éleveurs, mais aussi d’une base pour parler des bonnes pratiques de nos élevages auprès des consommateurs. »

Des retours positifs

Les évaluations ont débuté en 2017. « Les éleveurs ont parfois une petite appréhension en début de diagnostic mais, après coup, leur ressenti est positif », témoigne Benoît Cabot, de la coopérative Cap Seine.

« À cette date, 30 élevages sur 150 ont été diagnostiqués dans notre coopérative, rapporte Étienne Jeanne, du groupe coopératif Agrial. Quelques petites marges de progrès sont apparues, notamment l’adaptation des débits d’eau des abreuvoirs ou des surfaces par animal parfois un peu justes. »

Un outil pour l’ensemble de la filière

La totalité des 1 600 élevages sous contrat devraient être évalués d’ici la fin de l’année. Ils ne représentent cependant que 17 % de l’approvisionnement français en viande bovine de McDonald’s France. 90 techniciens ont été formés à l’utilisation de BoviWell. Ils profiteront de leur visite pour réaliser le diagnostic environnemental CAP’2ER (2).

Moy Park Beef Orléans souhaite que la démarche puisse être étendue au-delà de ces 1 600 élevages. « La filière viande bovine doit avancer groupée sur le sujet du bien-être animal, considère Mathieu Pissot. Au-delà de nos partenaires, tous les acteurs souhaitant utiliser BoviWell sont les bienvenus. » Cet outil sera « à leur disposition sans réserve ». L’objectif est de « l’ouvrir à tous les éleveurs français susceptibles de fournir l’entreprise en bovins, et de leur donner envie de rejoindre la démarche ».

Reste la question de l’utilisation des données. Moy Park précise que sa priorité aujourd’hui est de faire réaliser le diagnostic avant la fin de l’année chez les 1 600 éleveurs partenaires. Ensuite, il y aura sans doute une réflexion à mener sur la façon d’exploiter les informations collectées, mais il est encore trop tôt pour savoir de quelle façon.

Valérie Scarlakens

(1) Agrial, Bovinéo, Cap Seine, CCBE, Cecab, Cevinor, Cialyn, Cloe, Cobevial, Copelveau, EMC2, Sanders, Sicagieb, Sicarev, Ter’Elevage, Triskalia.

(2) Outil développé par l’Institut de l’élevage, qui calcule les performances environnementales des élevages de ruminants.