À qui la faute ? Entre autres, à une inégale répartition de la valeur ajoutée entre les maillons de la filière de la viande. « Les éleveurs ont investi pour améliorer la productivité de leurs outils mais toute la valeur ainsi créée est confisquée par l’aval », constate Jean-Pierre Fleury. Le président de la FNB met en cause l’utilisation abusive des cotations pour maintenir artificiellement des prix bas, déconnectés de la réalité du marché. « C’est une entente qui ne dit pas son nom ! »

Sur le plan européen, le syndicat demande une « relecture du droit à la concurrence par Bruxelles. Il correspond à une époque où il n’y avait pas le rapport de force distordant entre l’aval et l’amont qui existe aujourd’hui. » La fédération souhaite aussi que l’Observatoire européen du marché de la viande se transforme en véritable lanceur d’alertes et que l’Union européenne se dote de vrais outils de gestion de crise. « Même le matelas des aides Pac ne suffit plus devant l’ampleur des à-coups financiers que subissent les éleveurs », constate Jean-Pierre Fleury.

« Construire nous-mêmes notre prix »

Devant le manque de réactivité des institutions et de certains partenaires de la filière, la FNB a décidé qu’il était temps de changer de modèle de négociations commerciales. Autrement dit, d’amorcer une discussion directe entre éleveurs et distributeurs. En juin 2016, elle a lancé la démarche « cœur de gamme » pour identifier les viandes françaises issues de races allaitantes et payées à un juste prix aux éleveurs. À l’heure actuelle, la majorité des distributeurs ont signé cette charte.

La FNB salue particulièrement deux distributeurs, Système U et Carrefour, qui « partagent les deux valeurs fondamentales de la démarche : le respect des coûts de production et le retour de la valeur à l’éleveur ». La signature au niveau national n’est cependant pas synonyme d’engagement concret au niveau local.

C’est maintenant au tour des éleveurs de discuter avec chaque responsable de magasin pour les amener à commercialiser au moins la moitié de leur viande sous le drapeau « cœur de gamme ». Autre point important, « le volume fait partie de la stratégie commerciale. « Nous devons pouvoir, nous éleveurs, le maîtriser pour éviter la surproduction et la baisse des prix qui en résulte », ajoute Jean-Pierre Fleury.

Valérie Scarlakens