Cette première journée organisée par la FNB a fait surgir des attentes fortes de la part des éleveurs allaitants, à qui l’État avait promis une meilleure répartition de la valeur dans la filière dès l’enclenchement des États-généraux de l’alimentation en 2017. Mais voilà, au début de 2020, les résultats n’y sont toujours pas et, au regard de la décapitalisation qui s’accélère, l’état d’urgence est réel. « Je reste convaincu que nous avons la capacité à réagir. C’est une des missions de ce congrès : arriver à changer les postures et à porter un discours nouveau », a lancé Bruno Dufayet, le président de la FNB.

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S’organiser en amont des filières pour mieux se positionner

« Si nous restons sur des grands principes de l’économie, nous sommes sur un secteur d’activité où les signaux sont tous au vert en termes de capacité de production, d’échanges d’un pays à l’autre et de besoins de consommation à l’échelle mondiale, exprime Bruno Dufayet. En intégrant ce contexte-là dans la réflexion globale de nos filières, il y a de la valeur à capter. Il s’agit à présent de s’organiser pour la juste répartition de cette valeur au sein de la production. »

« Il faut que les agriculteurs gardent la main sur la gouvernance, pour donner un sens politique fort, complète Arnaud Rousseau, président de la Fop et du groupe Avril. Et, au-delà de l’inscription dans un modèle économique, il faut être capable de partager humainement des convictions et des objectifs communs. » Arnaud Rousseau est venu témoigner de la structuration de la filière oléoprotéagineuse et de la stratégie mise en place pour parvenir à un modèle plus rémunérateur.

Les débats se sont succédé pour définir des meilleures orientations à prendre pour aller chercher les relais de croissance. La filière bovine française a, malgré le contexte de compétition mondiale, une place à jouer dans la segmentation, en faisant valoir sa maîtrise de la chaîne et ses pratiques d’élevage vertueuses, notamment à l’exportation.

« Nous ne pouvons nous passer du couplage des aides »

D’après les dernières estimations de revenus, « sur les exploitations les plus performantes du réseau Inosys, le couplage des aides représente 8 000 € sur un revenu de 15 000 €, calcule Bruno Dufayet. Le couplage dans la filière allaitante est essentiel pour la survie de la production et peut complètement s’inscrire dans une Pac plus durable et vertueuse, en tentant de conserver un taux de 13 %. »

Concernant le phénomène de décapitalisation, le président de la FNB rappelle qu’on ne peut compter seulement sur le soutien de la Pac pour tenir la filière debout. « Il faut mettre en place de réelles stratégies pour recapter la valeur à la source », dit-il. La FNB se positionne également sur les aides au maintien en agriculture biologique (AB) : « La FNB reste très attachée au soutien à la conversion. Quant à l’aide au maintien, elle ne constitue pas une priorité. C’est à la filière de s’organiser », poursuit Bruno Dufayet.

La contractualisation doit être la base

Parmi les débats figure en bonne place celui de l’établissement du prix. « Le contrat doit nous permettre d’afficher le prix final payé à l’éleveur et non un prix de cotation, auquel nous ajoutons une plus-value de quelques centimes non comprise dans les références », déclare Cédric Mandin, éleveur et vice-président de la FDSEA de la Vendée.

Un accord est d’ailleurs prévu avec FranceAgriMer : « Lorsque le nombre d’animaux sera suffisant en label, il est prévu qu’une cotation pour le label rouge soit mise en place, avec la prise en compte des coûts de production, ajoute Guy Hermouet, président de la section bovine d’Interbev. Il est souhaité que les SIQO (1) rentrent à terme dans la même démarche qu’en label rouge, dans le cadre d’un accord interprofessionnel. »

Les attentes sociétales au cœur des débats

Parmi les discussions figure aussi l’expérimentation, qui prend fin en mars 2020, sur l’étiquetage de l’origine des viandes, y compris dans les plats préparés. « Nous soutenons évidemment cette démarche et souhaitons même aller plus loin. Il faut en faire une réglementation et l’étendre à l’échelle européenne, notifie Bruno Dufayet. L’étiquetage sur l’origine, voire sur les modes d’élevage, est un levier pour redonner du prix au producteur. »

Sur les thématiques portant le bien-être animal, la FNB poursuit ses efforts dans la mise en place de diagnostics plus robustes, afin que les éleveurs aient la possibilité de s’autoévaluer et d’améliorer leurs pratiques. Laurent Wauquiez, président du conseil régional de l’Auvergne-Rhône-Alpes, rappelle néanmoins à la plus grande fermeté face aux attaques des associations abolitionnistes et ne manque pas de rappeler les actes extrêmes survenus à l’abattoir de l’Ain ou encore dans une exploitation dans le nord de la Drôme où des bêtes ont péri à la suite des incendies déclenchés volontairement. « Je m’oppose fermement à ces mouvements et ferai en sorte de ne pas les laisser s’installer sur notre territoire », exprime-t-il. Un discours à la clôture des travaux qui a suscité beaucoup d’émotion dans la salle.

Lucie Pouchard

(1) signes officiels de qualité.