Lors d’une conférence de presse ce mercredi 15 janvier 2020, le président de la FNB, Bruno Dufayet, n’a pas manqué de rappeler l’état d’urgence pour enrayer le phénomène de décapitalisation, qui s’est accéléré au cours de l’année 2019.

« La situation est encore plus alarmante que par le passé. Nous avons de réelles inquiétudes concernant l’avenir de la filière allaitante. Nous devons agir maintenant pour éviter l’atteinte d’un point de non-retour dans la décapitalisation du cheptel », déclare-t-il.

« Donner plus de visibilité aux éleveurs »

20 %des éleveurs se trouvent dans une situation de précarité aujourd’hui, selon Bruno Dufayet.

Un des enjeux forts de la FNB est d’assurer le renouvellement des générations. « Nous avons un déficit de renouvellement estimé à 1 200 arrêts d’activité d’éleveurs en bovins à viande chaque année, et cette tendance baissière s’amplifie ces trois dernières années », expose Bruno Dufayet.

Or, « le déficit de renouvellement est étroitement lié à la décapitalisation du cheptel allaitant. À chaque arrêt d’activité, les terres sont reprises, mais rarement le cheptel », complète Emmanuel Bernard, le vice-président de la FNB.

« Se battre contre les accords de libre-échange »

« L’année 2019 a été marquée par de fortes incohérences politiques, fait savoir le président de la FNB. L’étude de l’Institut de l’élevage sur les impacts potentiels de cumul des contingents [évalué à 200 000 tonnes] envisage la disparition de 30 000 éleveurs de bovins à viande et de 50 000 acteurs de la filière. Les pouvoirs publics sont dans le déni complet des conséquences de ces accords de libre-échange sur nos producteurs français. »

Le cas du traité avec le Canada (Ceta) avec son fonctionnement à titre provisoire pose notamment une question. « Les volumes exportés par les Canadiens ont triplé entre 2018 et 2019. Et dans les échanges avec nos homologues canadiens, nous avons clairement saisi leur volonté de remplir, à terme, le contingent de 65 000 tonnes, à 100 %, contrairement à ce que sous-entendent les pouvoirs publics, rapporte Bruno Dufayet. De même pour l’accord avec le Mercosur, nous souhaiterions une réponse claire du président Emmanuel Macron sur son intention de refuser l’accord provisoire, alors que les négociations à Bruxelles se poursuivent. »

« Un manque clair d’organisation entre les OP »

Malgré les ambitions des États-généraux de l’alimentation, les résultats escomptés n’y sont pas. « La cotation moyenne, toutes catégories confondues en races à viande, en entrée abattoir est de 3,60 €/kg, dont 3,45 €/kg payé au producteur quand ses coûts de production sont à hauteur de 4,89 €/kg en moyenne », estime Bruno Dufayet.

« Les nouvelles directives de la loi EGAlim contre le prix abusivement bas sont une réelle arme de négociation pour les organisations de producteurs (OP) », ajoute Patrick Bénézit, le secrétaire général adjoint de la FNSEA. Pourtant, « nous subissons encore les prix imposés par les distributeurs », déplore Bruno Dufayet.

Dans la logique du plan de filière de création de valeur par la prise en compte des coûts de production dans les tarifs, « toutes les cartes sont dans les mains des OP. Encore faut-il qu’elles sachent s’organiser et se parler. Nous espérons la mise en place d’une réelle réflexion lors du congrès de la FNB le mois prochain afin que les OP affirment leur position face aux réseaux de distribution. Nous avons l’ambition très forte de présenter dès le Salon de l’agriculture de 2020 la mise à jour de nos logiciels pour la contractualisation. Les éleveurs ont besoin de visibilité, ils ne peuvent plus attendre », insiste Bruno Dufayet.

Lucie Pouchard
Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Recul de l’offre en réformes laitières

Les besoins des laiteries sont importants au regard du repli de la production laitière. Les éleveurs sont incités à produire plus et par conséquent à retarder la mise à la réforme de leurs vaches laitières.