Lors d’une audition devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale le 16 avril 2020 concernant les conséquences du coronavirus Covid-19, Didier Guillaume a dit entendre les demandes des éleveurs de bovins à viande à garantir un prix payé minimum à hauteur de leurs coûts de production, « même si ce n’est pas l’État qui peut le fixer », ajoute-t-il.

Dans l’attente d’obtenir de meilleurs prix en viande bovine, la FNB avait appelé les éleveurs le 15 avril « à retenir en ferme, au maximum, leurs animaux. » Un mouvement également soutenu par la Confédération paysanne. « Le gouvernement ferme les yeux sur le chantage financier inacceptable exercé par les industriels auprès des éleveurs », estimait le syndicat le 17 avril dernier. Il en appelait ainsi « à la responsabilité des politiques comme de l’ensemble des acteurs économiques. » « Si tous les éleveurs retiennent leurs animaux dans les cours de ferme, ça fera forcément poser des questions aux abattoirs », admet le ministre.

L’argent public, « pas une bonne mesure »

En cette période de crise, où les « prix aux producteurs ont baissé de 10 à 20 centimes au kg suivant les catégories de bovins, nous sommes bien loin de la loi de l’offre et de la demande », dénonce Jean-Baptiste Moreau. Faisant référence aux filières ovines et bovines allaitantes, « l’aval des filières a rétabli ses marges, en sacrifiant bien souvent celles des agriculteurs », indique le député de la Creuse.

« Il est vrai que, globalement, dans la complexité de la filière du bovin à viande, la loi Egalim et le principe d’inversion de la construction du prix n’a pas encore porté ses fruits, reconnaît Didier Guillaume. Parmi les nombreux intervenants au sein de la chaîne, peut-être que certains ne jouent pas totalement le jeu. […] Aujourd’hui, il n’y a aucune raison acceptable que le prix payé à l’éleveur baisse alors qu’il y a une demande qui augmente. »

Concernant la demande portée par la FNB, Didier Guillaume répond : « Un prix garanti par un marché équilibré, pourquoi pas ? mais un prix d’intervention où l’argent public viendrait durablement entériner le déséquilibre, je pense que ce n’est pas une bonne mesure. » Le ministre, qui pense que le sujet des prix dans le cadre de la loi Egalim doit être « réglé plus conjoncturellement », compte « revenir prochainement » vers le président de la FNB, Bruno Dufayet pour un entretien.

Lucie Pouchard