« L’exportation est indispensable à l’équilibre de la filière bovine française, explique Emmanuel Bernard, président de la commission du commerce extérieur d’Interbev, lors de la sixième édition de la conférence des marchés mondiaux de la viande, organisée à Paris le 14 juin 2017. Traditionnellement, nous exportons vers des pays européens mais demain il va falloir trouver de nouveaux débouchés. »

« Nous ne sommes pas très connus hors d’Europe »

« Nous partageons une culture de l’échange avec l’Italie, la Grèce ou encore l’Allemagne. Avec les pays tiers, tout reste à construire : il faut instaurer la confiance, se faire connaître », ajoute-t-il. C’est dans cet objectif que l’interprofession à lancée la marque collective « French beef, a taste of terroirs », lors du dernier Salon international de l’agriculture.

Le pourtour méditerranéen et l’Asie du Sud-Est sont les deux zones visées prioritairement. « Le Sommet de l’élevage est une belle vitrine, expose Emmanuel Bernard. Mais nous organisons également un certain nombre d’actions dans les pays cibles. En France, nous avons la chance d’avoir une diplomatie mise au service de l’économie. »

Le premier événement orchestré sous la bannière collective « French Beef » s’est tenu à Hong Kong, en mai. Les membres de la délégation française ont pu établir des contacts et appréhender le marché régional. Le chef triplement étoilé Bruno Ménard s’est fait l’ambassadeur de la viande française.

« Les retombées médiatiques ont été énormes, se félicite Emmanuel Bernard. Hong Kong est une porte d’entrée vers la Chine continentale, qui ne nous a pas encore ouvert ses frontières. C’est aussi un marché porteur avec une population à fort pouvoir d’achat. Maintenant c’est aux exportateurs de transformer l’essai. »

« Personne ne nous attend »

La concurrence est rude sur les marchés tiers, et les exportateurs étrangers déjà bien implantés. « C’est à nous d’aller nous imposer car personne ne nous attend, avertit Emmanuel Bernard. L’offre française a la capacité à répondre à différents marchés, allant du commerce de niche au commerce de masse. Nous avons des atouts à faire valoir, particulièrement le lien entre notre gastronomie mondialement reconnue et la qualité de nos produits. »

« Notre principal défi est d’adapter notre offre en fonction de la demande, principalement en produisant des animaux moins lourds », estime Michel Fénéon, directeur administratif et financier d’EuroFeder.

« Les marchés de haut de gamme asiatiques sont friands de la viande australienne et états-unienne, beaucoup plus grasse que la nôtre et toujours tendre, remarque Hervé Puigrenier, président des Établissements Puigrenier. Pour aller chercher ces marchés, il va falloir nous remettre en question. C’est à nous de nous adapter à la demande. Un travail sur des génisses croisées de type charolais-salers pourrait être une bonne piste. »

Valérie Scarlakens