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La pénurie menace

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Vétérinaires ruraux - La pénurie menace

Alors que le nombre de vétérinaires inscrits au tableau de l’Ordre continue sa progression, la part de praticiens exerçant une activité rurale ne cesse de décroître.

« Les mailles du réseau de cabinets vétérinaires à activité rurale se sont, ces dernières décennies, fortement distendues et laissent aujourd’hui s’installer, de façon inexorable, de vastes espaces vides. » Tel est le constat du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) dans un rapport publié le 13 février 2020. Son cri d’alarme est sans ambages. « Il est urgent d’agir, sauf à se retrouver dans une situation critique totalement irréversible, dont les conséquences sanitaires, socio-économiques, sociétales et environnementales seront inestimables. »

> À lire aussi : Des éleveurs abandonnés face à la fermeture des cabinets vétérinaires ruraux (11/07/2019)

La part de praticiens exerçant une activité rurale ne cesse de décroître.

Des territoires ruraux moins attractifs

Car le désamour pour la pratique rurale se confirme au fil des ans. D’après l’Observatoire national démographique de la profession vétérinaire (ONDPV), les vétérinaires pour animaux d’élevage ne représentent plus que 19 % du nombre d’inscrits au tableau de l’Ordre en 2019, contre 71 % pour les animaux de compagnie à titre exclusif ou principal, « activité qui continue de progresser ». Sur les cinq dernières années, le nombre de praticiens spécialisés dans les animaux d’élevage a reculé de près de 15 %, soit 605 vétérinaires de moins.

La diminution du nombre d’élevages n’explique qu’en partie cette érosion. Pour le CGAAER, les raisons de la désertification vétérinaire portent « en premier lieu sur une méconnaissance par de nombreux étudiants vétérinaires du milieu rural et de la satisfaction professionnelle qu’ils pourraient retirer à s’investir dans l’exercice de la médecine des animaux de rente. »

Le manque d’attractivité des territoires ruraux est également pointé du doigt : raréfaction des services publics, éloignement des commerces, des loisirs ou coût des déplacements. En outre, les futurs praticiens accordent une attention particulière aux conditions d’exercice de leur métier. « Le plus important est de pouvoir bénéficier d’un accompagnement en début de carrière, souligne une étudiante en dernière année. Notre génération tient aussi à préserver un équilibre entre vie professionnelle et privée. À ce titre, l’organisation du travail est essentielle, notamment pour la gestion des gardes. »

Pour Olivier Salat, vétérinaire dans le Cantal, le regroupement des praticiens est une réponse. « Nous sommes six associés et six salariés dans la clinique. C’est un véritable atout pour recruter des jeunes. Ils intègrent un cadre favorable, dans lequel il est plus facile de s’organiser, d’échanger et de se former. »

Rentabilité écornée

Sur le terrain, certains éleveurs subissent déjà le manque de vétérinaires ruraux avec, à la clé, des difficultés pour soigner leurs animaux et réaliser la prophylaxie des maladies réglementées. « On parle grossièrement d’une diagonale partant de la région des Hauts-de-France pour descendre jusqu’à la région Paca et à une partie de l’Occitanie (Aude, Pyrénées-Orientales…), mais d’autres régions (Nouvelle-Aquitaine, Centre-Val de Loire) sont touchées ou menacées », indique le CGAAER.

> À lire aussi : Fermeture de cabinets, « vétérinaire en milieu rural est un métier de conviction » (17/07/2019)

Dans ces zones où les cabinets sont distants de plusieurs dizaines de kilomètres, les déplacements deviennent un fardeau, « rendant toute intervention d’urgence chronophage, peu rentable, risquée pour le vétérinaire et onéreuse pour l’éleveur ». Pour équilibrer leurs comptes, les cabinets disposant d’une activité rurale proposent également leurs services pour les animaux de compagnie. « La viabilité économique de l’activité rurale ne tient le plus souvent que par la vente de médicaments, qui participe à hauteur de 25 % à plus de 50 % au bénéfice », analyse le CGAAER.

Car au-delà des coûts inhérents à leurs interventions, les praticiens ruraux subissent par effet domino les difficultés rencontrées dans les filières d’élevage. « Il est de plus en plus dur de se faire payer, témoigne Patrick Bodart, praticien dans la Nièvre. Cela nous occasionne d’importants soucis financiers, au point de nous séparer de certains clients­. J’exerce exclusivement sur les animaux de rente. À 63 ans, il me reste deux ans avant la retraite. Il est probable que je ne sois pas remplacé après mon départ. »

Un accompagnement nécessaire

Pour tenter de calmer l’hémorragie, le Sénat a voté, le 8 juillet, un dispositif permettant aux collectivités territoriales de distribuer des aides à l’installation et au maintien des vétérinaires au sein de « zones tendues » déterminées par le ministère de l’Agriculture. Le texte de loi pourrait entrer en vigueur début 2021.

« Ces aides viendraient, par exemple, accompagner l’agrandissement et la modernisation de cliniques », indique le sénateur (LR) Laurent Duplomb, également éleveur en Haute-Loire, qui a proposé le texte au vote. Alors que le phénomène de désertification vétérinaire touche aussi nos voisins européens, le CGAAER encourage « une approche communautaire de la problématique via la future Pac (2021) ».

Parmi les pistes envisagées pour grossir les rangs des vétérinaires ruraux figure la révision des modalités de recrutement des étudiants (lire l’encadré ci-dessous). Selon l’ONDPV, en 2019, 47 % des nouveaux inscrits au tableau de l’Ordre n’étaient pas issus d’une école française. Proposés depuis 2013 aux étudiants en dernière année, les stages tutorés en milieu rural semblent par ailleurs faire leurs preuves. « Ils permettent aux futurs vétérinaires de mettre un pied dans la pratique et de réaliser la transition vers leur prise de fonctions, appuie Olivier Salat. Ces stages, que l’on peut assimiler à une alternance, aboutissent souvent à une embauche. »

Vincent Guyot

« Diversifier les profils d’étudiants vétérinaires »

Accroître les chances de recruter des jeunes intéressés par la pratique rurale, c’est le défi des quatre écoles nationales vétérinaires (ENV) françaises (Nantes, Maisons-Alfort, Lyon et Toulouse). « Il est nécessaire de diversifier les profils d’étudiants », considère Marc Gogny, directeur par intérim d’Oniris Nantes. En 2021, les quatre ENV proposeront chacune 40 places à destination des élèves de terminale pour rejoindre une année de cycle préparatoire intégré. « Cela représentera 25 % des effectifs d’une promotion, poursuit-il. Cette voie permettra de réaliser le cursus en six ans, contre sept aujourd’hui. » De son côté, le CGAAER plaide pour davantage de places au concours de la filière C, destiné aux étudiants issus de BTS agricole ou de DUT.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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