Ce professeur des écoles en Région parisienne publie, le 10 mai 2021, sur son compte Facebook, des dessins de ses élèves de 8 et 9 ans, « après la superintervention de L214 dans ma classe de CE2 ». Sur le fil de ce groupe privé réunissant 27 400 membres de toute la France, la plupart professeurs, on peut voir des dessins d’oiseaux morts et d’arbres coupés. L’un d’eux indique que 90 % des vers de terre ont disparu, un autre que les pesticides sont à l’origine de la disparition des abeilles.

Des affiches « profondément déprimantes »

Des professeurs s’interrogent à la suite de ce message : « Comment vos élèves ont-ils réagi ? […] Mon remplaçant a, au bout d’un moment, arrêté le projet car [il] trouvait que c’était trop plombant et anxiogène. »

Un autre surenchérit : « Je me pose exactement la même question. J’ai très envie de me lancer mais j’ai un peu peur du climat que ça va instaurer. » On peut aussi lire que « les affiches sont magnifiques mais profondément déprimantes. […] N’est-ce pas un peu tôt pour les charger de nos angoisses et problèmes d’adultes ? »

Le maître d’école qui a fait intervenir l’association antispéciste dans sa classe répond que ses élèves ont très bien réagi : « Ça les touche mais ça reste très théorique pour eux, ça se voit pas directement qu’il y a moins d’oiseaux ou moins de rhinos », répond-il sur le réseau social.

D’autres collègues doutent, à juste titre, de la légalité de l’intervention et indiquent au professeur des écoles que « notre académie a clairement indiqué que L214 rompait la neutralité de l’école », au même titre que la fédération de la chasse, les industriels du sucre et la FNSEA, ajoute-t-il.

Un autre indique que sa fille choquée ne veut plus aller à l’école depuis que son professeur a montré à la classe, sur YouTube, des vidéos sur la maltraitance des animaux domestiques. Les professeurs du groupe peinent en réalité à trancher la question.

L’un d’eux indique faire régulièrement intervenir des associations militantes dans sa classe, « Je pense aussi à Seasheperd et L214 », souligne-t-il. « N’hésitez pas à faire intervenir des associations comme celles-là », suggère-t-il à son groupe.

Le problème des « campagnes reculées »

Pour ne pas avoir les parents sur son dos, une autre explique avoir renoncé à ce type d’association. « Le nombre de gamins et de gamines que j’ai et qui, en 4e et 3e, sont déjà fans de chasse… vivent les campagnes reculées. »

Interpellé par le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer l’a réaffirmé le 3 octobre 2020 sur Twitter : « L214 n’est pas une association agréée par l’Education nationale. Nous l’avons rappelé très clairement par un courrier aux recteurs en février 2019. »

Un courrier et un tweet n’ont pas suffi.

Rosanne Aries