« La croissance des prairies a marqué un coup d’arrêt entre le 5 et le 9 avril 2021, alors que quelques jours plus tôt, celle-ci avait bien démarré », observe Didier Deleau, ingénieur régional en fourrages à la ferme expérimentale Arvalis de Saint-Hilaire-en-Woëvre (Meuse).

Avant la vague de froid, la pousse de l’herbe atteignait en effet 35 kg de MS/ha/jour. Le thermomètre était alors monté jusqu’à 23°C. « Les températures sont descendues à –2,5°C sur la ferme, mais je ne suis pas très inquiet. Jusqu’à –5°C, le gel n’a pas d’impact dévastateur sur les graminées, sauf si elles sont au stade de la plantule. Les semis de printemps pourraient donc être endommagés », explique Didier Deleau.

« Pour les prairies installées, le froid peut griller le bout des feuilles, d’autant plus si les parcelles sont exposées au vent, complète-t-il. Si certaines talles sont plus touchées, d’autres prendront le relais dès la reprise de la végétation. »

Le lâcher des animaux est retardé

En dehors de l’effet sur la végétation, les amplitudes thermiques compliquent la gestion du pâturage. À la ferme de, les charolaises seront lâchées pendant la semaine du 12 au 16 avril.

Prairies gelées à Saint-Hilaire-en-Woëvre. © Adrien Estevez, d’Agrivair

« Le 8 avril 2021, les sommes de températures (base : 0°C au 1er février) atteignaient pourtant 400°C, ajoute Didier Deleau. Le seuil repère du lâcher, de 300°C, est donc largement dépassé, mais nous nous sommes adaptés aux prévisions de froid. Les veaux sortant de la stabulation sont plus sensibles aux à-coups des températures. »

Dans d’autres régions, la sortie des animaux est parfois plus avancée. Dans certains cas, elle a été dictée par le manque de fourrages. Les stocks sont de plus en plus tendus sur les exploitations en raison des sécheresses successives. Le ralentissement de la pousse va compliquer encore la situation.

« Pour s’adapter, ceux qui manquent de jours d’avance de pâturage sans possibilité de distribution de fourrages, n’auront pas d’autres solutions que d’aller puiser dans les surfaces initialement prévues en fauche », explique Didier Deleau.

M.-F. M.