La société néerlandaise Beladon a mis au point la toute première ferme urbaine flottante. Dans un quartier à l’ouest de Rotterdam, une plate-forme d’environ 1 000 m² posée sur l’eau va bientôt accueillir 40 vaches montbéliardes. « Nous espérons être opérationnels d’ici à quelques semaines », expliquait mi-avril Minke Van Wingerden, associée de l’entreprise Beladon, sans préciser la date exacte à laquelle les vaches seront acheminées dans la ferme « pour des raisons de confort animal ». Objectif affiché : produire 800 litres par jour de lait.

Un projet détonant

L’agriculture urbaine a le vent en poupe et de nombreux projets se développent. Mais celui-ci détonne, car les initiatives incluant de l’élevage sont rares, voire inexistantes. Et pour cause : cela demande de la place et une infrastructure. Par ailleurs, la logique de circuit court, si chère à l’agriculture urbaine, est difficile à mettre en œuvre, en particulier concernant l’alimentation des animaux.

Dans le cas présent, l’entreprise semble avoir trouvé un système permettant de ne pas faire venir l’alimentation de l’extérieur de la ville. Les vaches seront nourries à environ 80 % avec des déchets de la ville : la pelouse tondue des stades ainsi que des terrains de golf, des pelures de pommes de terre ou encore les sous-produits des brasseries locales. Les 20 % restants proviennent d’un fourrage spécial pour les vaches, utilisé dans les fermes classiques.

Pourquoi sur l’eau ?

Outre le fait de relever un défi et faire parler du projet, quel intérêt y a-t-il à s’installer sur l’eau ? La première raison semble évidente : c’est une question de place. La population augmente avec une part vivant en ville de plus en plus importante. En parallèle, la proportion de terre fertile diminue. À Rotterdam, l’eau ne manque pas.

L’idée de mettre à profit cet espace inutilisé ne semble donc pas mauvaise. Seconde raison : le changement climatique va provoquer davantage d’inondations et une augmentation du niveau de la mer. Cet aspect risque de toucher particulièrement les Pays-Bas. Développer de nouveaux moyens de production alimentaire sur l’eau suscite donc l’intérêt.

Bien-être animal

Ce type de production soulève cependant des interrogations sur le bien-être des animaux. Ne serait-ce que les bruits et les odeurs auxquels ils seront confrontés. Ou aussi le mal de mer : les vaches ne risquent-elles pas d’en souffrir ? « L’oscillation maximale de la plate-forme ne dépasse pas quelques millimètres, même dans des conditions météorologiques extrêmes. Elles ne ressentiront aucune instabilité », indique le site internet du projet (1). Néanmoins, cette structure leur impose de vivre enfermées, même si, au cours des deux premières années de leur vie, elles pâturent dans des prairies huit mois par an.

Ces interrogations n’ont toutefois pas découragé le projet. Et l’entreprise Beladon souhaite continuer sur sa lancée. « Nous avons également conçu un projet d’une basse-cour flottante pour l’élevage de poulets et une ferme maraîchère verticale flottante », révèle Minke Van Wingerden. Un prototype devrait bientôt ouvrir à Rotterdam.

Léna Hespel

(1) floatingfarm.nl