Le 10 mars 2021, le Conseil d’État a annulé le décret gouvernemental rendant obligatoire l’étiquetage géographique du lait jugeant « qu’il n’y a pas de lien avéré entre son origine et ses propriétés ». Cette décision, faisant suite à une requête de Lactalis, est loin de faire l’unanimité. Si certains syndicats évoquent « un retour en arrière inacceptable », Lactalis parle au contraire d’une « nécessité commerciale pour assurer les débouchés » à l’exportation.

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Impact limité ?

Dans un communiqué publié le 23 mars 2021, Lactalis tient ainsi à remettre les pendules à l’heure. L’abrogation du décret sur l’étiquetage obligatoire de l’origine du lait « n’empêche pas d’étiqueter volontairement l’origine du lait utilisé pour fabriquer les produits laitiers ni l’origine des produits laitiers, précise le géant laitier auprès de La France Agricole. Cette abrogation rend l’indication du pays d’origine ou du lieu de provenance facultative. »

Aussi, « la quasi-totalité des produits de Lactalis à marque française vendues aux consommateurs en France est fabriquée avec du lait français » et « Lactalis continuera de faire figurer la mention Origine France sur les produits issus de la filière française ».

« Défendre la filière laitière française à l’exportation »

Le problème était donc ailleurs. D’après le communiqué de Lactalis, sept pays européens ont adopté des décrets similaires sur l’étiquetage de l’origine du lait incitant « leurs consommateurs à acheter préférentiellement les produits nationaux au détriment des produits d’importation ». Ce qui aurait porté préjudice aux exportations de l’industriel, avec des ventes « divisées par trois » sur certaines destinations.

L’action de Lactalis, engagée en 2016, permettrait donc « aux producteurs français de continuer d’exporter leur lait en Europe sans être pénalisé par des réglementations nationales », indique l’industriel, bien conscient que des réflexions à ce sujet sont menées à l’échelle européenne cette fois.

Une réglementation européenne à venir ?

Les arguments avancés par Lactalis ne convainquent pas le député européen Jérémy Decerle. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Besnier, directeur de Lactalis, le député estime que « si certains opérateurs ont trouvé les ressources pour mettre en place cet étiquetage de l’origine, et même de le tourner en avantage compétitif, c’est que cela ne doit pas être tout à fait impossible pour Lactalis ».

Pour le député Decerle, ce « coup d’arrêt » relatif à la traçabilité des produits n’est de toute façon pas fait pour durer. « Les tendances actuelles pour plus d’information […] et de qualité que l’on retrouve dans la loi Egalim en France, et dans la nouvelle stratégie européenne De la ferme à la table, vous conduiront, vous le savez, à devoir développer un étiquetage plus large et plus systématique sur vos produits », signifie Jérémy Decerle, à l’égard de l’industriel.

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Alexandra Courty