Des animaux noyés, des troupeaux isolés, des bergeries sous des mètres de gravats : une centaine d’agriculteurs sont en grande détresse, cinq jours après les intempéries qui ont ravagé l’arrière-pays-niçois. Voilà le tableau que dresse le président de la Chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes, Michel Dessus.

Un catastrophe « pire que la guerre»

Le 5 octobre 2020, un hélicoptère affrété par la chambre d’Agriculture avait survolé les vallées sinistrées afin d’avoir un premier aperçu de la situation. A cette occasion « un premier contact a été établi avec les éleveurs isolés ainsi qu’une évaluation des dégâts matériels et des besoins en fourrage et en eau potable », précise un communiqué de l’Assemblée permanante des chambres d’agriculture publié le 7 octobre 2020.

« C’est une catastrophe, c’est pire que si c’était la guerre. Tout a été emporté », lâche, ému, Jean-Pierre Cavallo, un éleveur du village de Saorge, dans la vallée de la Roya, qui possède plus de 800 brebis sur son exploitation familiale. Deux bergeries de 250 m2 « sous quatre mètres de gravats », une autre dont les fondations ont été happées par les eaux, du matériel et un 4x4 emportés: « C’est désolant de travailler une vie pour tout perdre », confie à l’AFP par téléphone ce berger de 65 ans installé depuis plus de trente ans dans le vallon du Cairos.

Des éleveurs isolés avec des besoins vitaux

Il fait partie des quelque 120 agriculteurs touchés dans le département. Dans cette région montagneuse, les exploitations, surtout des élevages ovins et bovins, sont enclavées en hauteur, souvent accessibles par des routes uniques, aujourd’hui morcelées et inaccessibles, décrit le président de la chambre d’agriculture des Alpes Maritimes.

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« Beaucoup (d’agriculteurs, ndlr) n’ont pas les moyens de descendre » et une vingtaine « ont des besoins en urgence, en eau, nourriture ou vêtements », précise le président de la chambre qui en a fait ravitailler et évacuer certains.

Au moment où les crues dévastaient ses bâtiments, les brebis de Jean-Pierre Cavallo étaient en train de pâturer à 2 000 mètres d’altitude sur des alpages surveillés par son fils de 28 ans. « Il est coincé là-haut, il est désespéré », déplore Jean-Pierre Cavallo.

Des cheptels condamnés ?

«Il y a aussi une grande détresse psychologique... ça pleure. Ils sont dans des états...», s’inquiète le représentant qui les contacte régulièrement par téléphone. Certaines bêtes se sont noyées, d’autres sont sorties des enclos pendant les crues et ont été retrouvées. Certains éleveurs sont, par contre, toujours à la recherche de leurs animaux. « Les animaux échappés dehors risquent de se faire croquer, ils ne peuvent pas survivre à des températures basses. Laisser un cheptel tout seul à plus de 1800 mètres, c’est le condamner », s’alarme d’ailleurs la chambre d’Agriculture.

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Sans bâtiment, plusieurs éleveurs des vallées cherchent aujourd’hui à « mettre leurs bestioles en gardiennage » dans d’autres départements et même en Italie, pour passer l’hiver, rapporte le président de la chambre d’Agriculture. Un appel à solidarité a d’ailleurs été lancé sur les réseaux sociaux afin d’héberger les animaux des éleveurs sinistrés.

©Facebook FROSE

« Là on va vers l’hiver, on n’aura pas le temps de remettre les bâtiments en état. Et puis comment les approvisionner ? Il faut près de 3000 tonnes de foin pour passer l’hiver. Le problème, c’est de les acheminer ! », insiste le président de la Chambre. Des cagnottes et des opérations foins se sont également organisées pour aider les éleveurs sinistrés.

©Facebook Yan Veran

Emmanuel Macron attendu dans la région

« Je ne veux pas les perdre. Je ferai tout pour que les éleveurs reviennent, mais à quel prix et quand ? », s’interroge Michel Dessus, qui attend des aides de l’État. Il craint en effet les éleveurs quittent la Roya.

Mais pour Jean-Pierre Cavallo, pas question de quitter ses bêtes. « Né dans le mouton », il veut déménager temporairement pour « effacer ces mauvaises images », mais en les emmenant avec lui. Le sexagénaire cherche une exploitation dans la Drôme ou en Provence qui pourrait les accueillir, avant de revenir dans la vallée de la Roya.

Le président Emmanuel Macron qui vient dans les zones sinistrées ce mercredi 7 octobre 2020 a promis un soutien « à la mesure de la catastrophe ».

M-A.B avec AFP