L’Europe continue d’augmenter les exportations de poudre de lait écrémé et réengraissée avec de l’huile de palme (mélange MGV) vers l’Afrique de l’Ouest. Ces mélanges occupaient 28 % des produits laitiers consommés en 2018.

C’est ce que démontre un rapport écrit par Christian Corniaux et Guillaume Duteurtre, tous deux chercheurs au Cirad. Il paraît deux ans après un autre rapport sur le même sujet et intitulé « Local ou importé : quelle est l’option la plus durable pour le lait au Sahel ? ».

Duteurtre G., Corniaux C., De Palmas A., 2020 : « Lait, commerce et développement au Sahel : Impacts socioéconomiques et environnementaux de l’importation des mélanges MGV européens en Afrique de l’Ouest ». Rapport pour les Groupes « Les Verts » et « S & D » du Parlement européen, Cirad, Montpellier, 74 p. + annexes, Document téléchargeable sur https://agritrop.cirad.fr/597139/

L’Europe est le premier exportateur de mélanges MGV

Pour Christian Corniaux, l’augmentation des exportations européennes de ce produit est la conjonction de trois éléments :

  • La hausse de la demande ouest-africaine en produits laitiers à bon marché,
  • La fin des quotas laitiers en Europe,
  • Le différentiel de prix entre l’huile de palme et le beurre.

Les importations de poudre de lait réengraissée en Afrique de l’Ouest proviennent à 77 % de l’Europe. Parmi les pays exportateurs, l’Irlande se classe en tête des pays européens exportateurs de mélanges MGV avec 42 % des volumes en 2019. Puis viennent la Pologne avec 20 % et les Pays-Bas avec 12 %. La France arrive seulement en quatrième position avec 7 % des volumes de mélanges MGV.

Duteurtre G., Corniaux C., De Palmas A., 2020 : « Lait, commerce et développement au Sahel : Impacts socio-économiques et environnementaux de l’importation des mélanges MGV européens en Afrique de l’Ouest ». Rapport pour les Groupes « Les Verts » et « S & D » du Parlement européen, Cirad, Montpellier, 74 p. + annexes, Document téléchargeable sur https://agritrop.cirad.fr/597139/

Un échange commercial incité par les gouvernements locaux

En plus d’analyser les échanges commerciaux, le rapport dresse le bilan des impacts liés à ce produit dans cette région.. « Du point de vue de la couverture du marché, l’effet est positif, précise Christian Corniaux, car la demande en produits laitiers issue d’une population à faible pouvoir d’achat, est en hausse en Afrique de l’Ouest. »

C’est d’ailleurs pour répondre à ce besoin que les gouvernements des différents pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) maintiennent des droits de douane à seulement 5 %, précise Christian Corniaux. « C’est très peu », renchérit-il.

« La plupart des gens ne font pas la différence entre le lait MGV et le lait local, mis à part le prix. » En effet, le mélange MGV est moitié moins cher que le lait local et 30 % moins cher que la poudre de lait entier.

« Tromperie et distorsion de concurrence »

Cependant, les auteurs du rapport notent que ces importations peuvent être trompeuses pour les consommateurs. « Les entreprises qui vendent le mélange laissent à penser qu’elles vendent du lait entier. C’est insidieux », précise Christian Corniaux. De plus, même si la nomenclature est bien respectée en Europe, elle ne l’est pas en Afrique.

Les vendeurs de lait locaux vivent mal cette situation. Le lait local occupe une toute petite place, particulièrement en milieu urbain et l’importation de ces mélanges européens freine inexorablement les élevages locaux. De plus, « tout ce qui a été créé depuis une vingtaine d’années en termes de développement de la production et de la collecte laitière (développement de minilaiteries entre autres) est mis en danger par ces importations », alerte le chercheur. « La tendance pourrait être inversée mais demanderait une vraie politique en la matière comme l’ont fait le Maroc ou le Kenya en Afrique », complète Christian Corniaux.

En termes d’emploi, l’auteur se veut prudent. Le lait local génère plus d’emplois mais l’industrie liée aux mélanges de poudre de lait réengraissée en crée aussi.

Pas d’effet prouvé sur la santé humaine

Les auteurs se sont aussi penchés sur les implications sanitaires des mélanges MGV. Ils estiment que sur le plan du risque sanitaire pour les consommateurs, les mélanges sont « globalement difficilement attaquables. C’est comme comparer de la margarine et du beurre ».

Ils précisent également que les personnes vivant en Afrique de l’Ouest consomment beaucoup d’huiles végétales (palme, arachide, coton) issues des cultures locales. « Le problème sanitaire, s’il y en a un, ne vient pas de la consommation des mélanges MGV, somme toute modeste dans la diète ouest-africaine », indique Christian Corniaux.

Renaud d’Hardivilliers