Dans quelques mois, en juillet 2022, les producteurs de lait destiné à la fabrication du Gruyère AOP et qui sont équipés de robots devront renoncer à ce type de traite ou quitter la filière. C’est l’assemblée des délégués de l’Interprofession du Gruyère du 2 juillet 2012 qui a choisi d’interdire l’utilisation du robot de traite en libre-service (24 heures sur 24) dans les exploitations. Une décision appuyée non seulement par les représentants des fromagers et des affineurs, mais aussi par une très large majorité des délégués des producteurs de lait.

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« Un retour en arrière »

Plusieurs élevages, plutôt de grandes tailles, se rebiffent et essaient encore de faire évoluer la loi. Ces agriculteurs n’arrivent pas à imaginer de devoir à nouveau traire deux fois par jour. Pour eux, ce serait un vrai retour en arrière. « C’est comme si on demandait à ceux qui travaillent sur des ordinateurs de reprendre une machine à écrire », illustre Bertrand Godel, exploitant à Ecublens, près de Lausanne.

Les propriétaires de robots réfutent les allégations selon lesquelles leurs installations nuiraient à la qualité du lait. Tous relèvent qu’elles s’avèrent même être une aide précieuse pour améliorer la qualité. En fournissant les données de chaque traite, ces équipements facilitent la détection rapide des mammites. Les nouvelles générations de robots séparent automatiquement les laits qui n’ont pas la qualité requise.

« Je pense que notre fromager est content de la qualité de notre lait. C’est avec celui-ci qu’il a fabriqué le fromage qui lui a permis de remporter le dernier championnat du monde de la fondue », s’amuse Bertrand. Il reconnaît qu’il faut toutefois veiller à ce que l’intervalle entre les traites soit suffisant, ce qui est très simple à régler. « Je suis convaincu que nous allons vers des problèmes de relève parmi les producteurs, à cause de la pénibilité, si on continue de vouloir interdire les robots. »

Opter pour le Vacherin AOP

Bertrand Godel étudie la possibilité de remplacer son robot par un carrousel de traite ou par une salle de traite classique. « Mais cela impliquerait la construction d’un nouveau bâtiment pour abriter l’installation, dit-il. C’est un investissement important et cela prendra du temps. »

Il étudie aussi un plan B pour les débouchés. « Nous livrons déjà la moitié de notre lait pour la fabrication de Vacherin fribourgeois AOP, il y a de grandes chances pour que notre production y bascule totalement, et c’est un risque, avertit-il. Ce sera ça ou l’abandon de l’élevage laitier au profit d’un atelier porcin. Le prix du lait standard est de 54 centimes le kilo, alors que celui pour le Vacherin ou le Gruyère est de 77 centimes. »

Bertrand, comme les autres éleveurs, craint que l’interprofession du Vacherin, qui suit traditionnellement celle du Gruyère, n’aille rapidement dans la même voie d’interdiction du robot.

Christophe Dequidt