« Moralement, ça m’a vraiment atteint. C’est dur à encaisser », explique Donovan Capian après avoir subi deux attaques de loups en moins d’une semaine. L’éleveur a perdu 25 moutons sur un troupeau de 960 têtes. « En raison du caractère touristique du lieu, je ne pouvais avoir qu’un seul chien de protection. Au bout de deux nuits durant lesquelles il devait lutter contre deux loups, le patou était épuisé » raconte Donavan Capian. Fatigué et contraint, l’éleveur prend donc la décision de redescendre au bout de sept jours.

Quatre éleveurs redescendent au bout de quelques semaines

« On a de la prédation depuis une quinzaine d’années dans le département de la Haute-Savoie. Mais depuis l’année dernière, elle prend une ampleur considérable », explique Antoine Rouillon, directeur de la Société d’économie alpestre de la Haute-Savoie. Quatre éleveurs ont dû prendre cette décision de quitter l’estive en raison de pertes trop importantes. « Les éleveurs sont désespérés. C’est une remise en cause de leur métier », témoigne Antoine Rouillon. Ils vont aussi devoir acheter du fourrage supplémentaire, ce qui représente un impact économique considérable pour leur système d’exploitation.

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« On remet en cause l’équilibre de la montagne »

Indépendamment de la détresse économique, morale et professionnelle, l’arrêt du pâturage des estives représente un réel problème pour le maintien de la biodiversité de certains espaces d’altitude. Le pastoralisme permet de maintien des milieux ouvert. Or il existe une biodiversité spécifique à ce type de milieux, qui est différente de celle que l’on trouve en forêt. « On remet en cause certains équilibres de la montagne. » Par ailleurs, le pastoralisme se revendique comme l’un des modes d’élevage les plus respectueux de l’environnement.

Des moyens de lutte limités

Au début du mois de juillet, 54 autorisations de tir de défense avaient déjà été accordées par le préfet de la Haute-Savoie, contre onze au total l’année dernière. Mais les prélèvements réels sont limités par le quota national de 110 loups. Les premiers départements à réagir sont les premiers servis, au détriment des territoires où le prédateur est en phase de colonisation, comme en Haute-Savoie.

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Autre difficulté majeure incompréhensible pour les alpagistes, l’interdiction des prélèvements dans les réserves naturelles qui pourtant, reconnaissent et mettent en valeur les bienfaits du pastoralisme. En effet, c’est à ces pratiques qu’est attribuée la construction séculaire de ces paysages qui ont valu les protections tant appréciées par les visiteurs.

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Renaud d’Hardivilliers