Ce lundi matin, le gouvernement s’est mobilisé pour soutenir les agriculteurs face à la sécheresse. Sous une chaleur déjà imposante, le ministre de l’Agriculture, ainsi que deux ministres originaires du Loir-et-Cher, Marc Fesneau et Jacqueline Gourault, se sont rendus chez Jean-Philippe Vernon, agriculteur à Ouchamps, au sud de Blois.

Des possibles dérogations pour les Cipan

Après les annonces faites la veille, sur l’avance de trésorerie des aides Pac de 50 à 70 % en octobre, l’autorisation exceptionnelle d’exploiter les jachères sur 33 départements, et la solidarité entre paysans pour transporter la paille « sans spéculation », le ministre de l’Agriculture s’est dit prêt à octroyer des dérogations sur l’implantation des Cipan.

« Je n’ai pas de problème particulier avec la date du 1er août. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. En fonction de la situation de chaque département, la profession pourra demander une dérogation d’un ou deux mois pour l’implantation. »

Un point complet sur l’évolution de la sécheresse devrait être effectué tous les trois jours. Le ministre a également demandé que la paille ne soit pas broyée pour aller dans les méthaniseurs.

Des mesures structurelles

Plus globalement, Didier Guillaume a insisté sur l’importance de l’irrigation : « L’agriculture sera résiliente si elle est irriguée » et a donné son « autorisation pour faire des retenues d’eau ».

Un sujet à l’ordre du jour de la rencontre avec la nouvelle ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, ce lundi après-midi. En mai, le gouvernement avait déjà annoncé la mise en place de projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE).

Enfin, Didier Guillaume s’est prononcé pour un système assurantiel mutualisé. Le dossier devrait être mis sur la table, avec la profession, au début de 2020.

Des échanges paille-fumier

Sur le terrain, l’avance du paiement des aides Pac a été bien accueillie. Jean-Philippe Vernon, qui élève une centaine de taurillons et cultive 115 ha, a le sentiment d’avoir été écouté.

« Après le peu de stock de l’année dernière, j’ai augmenté ma surface de maïs. Mais cette année, la sécheresse revient et le maïs n’est pas fécondé. Je m’attends à 70 % de perte. »

Pour faire face au manque de fourrage, il augmente son stock de paille en effectuant des échanges paille-fumier avec ses voisins céréaliers. Néanmoins, la prestation de presse va peser sur sa trésorerie, de 3 000 à 4 000 euros. « Le versement anticipé des aides va permettre de payer le prestataire dans les temps », ajoute-t-il.

Exploiter les jachères des céréaliers ?

De son côté, Philippe Noyau, président de la chambre régionale d’agriculture du Centre, est plus sceptique. « Je suis très inquiet, surtout pour les éleveurs de bovins à viande dans les zones intermédiaires. Le problème pour trouver du fourrage et le financer reste entier. Je souhaite que l’on puisse exploiter, également, les jachères des céréaliers pour les éleveurs. »

Aude Richard