« J’ai pris la décision de fermer définitivement la tour de séchage numéro 1, annonce-t-il. C’est une décision difficile mais indispensable. Il existe des solutions de rénovation pour cette tour, mais si nous suivions cette voie, nous aurions toujours la crainte d’une possible résurgence compte tenu des alertes en 2005 et 2017, à douze ans d’intervalle. La fermeture va nous permettre de repartir sur des bases saines avec la deuxième tour toute récente. »

« Confinée à la tour n° 1 »

Dans cette interview, Emmanuel Besnier confirme que la salmonelle responsable des problèmes est celle qui a sévi sur le même site en 2005. « Elle était confinée dans les infrastructures de la tour numéro 1. Avant le 1er décembre, nous n’avions pas les éléments nous permettant de dire cela. […] On sait aujourd’hui que nous avons libéré des salmonelles Agona en réalisant des travaux sur les sols et les cloisons de la tour de séchage numéro 1. »

Le dirigeant s’étonne aussi que les analyses réalisées par « un laboratoire extérieur de référence [qui] ne nous a communiqué aucune alerte sur les produits », mettant en doute la sensibilité des tests. « Nous avons beaucoup de mal à comprendre comment 16 000 analyses réalisées en 2017 ont pu ne rien révéler. Nous avons des doutes sur la sensibilité des tests. Ce n’est pas possible qu’il y ait eu zéro test positif. »

Emmanuel Besnier estime qu’il est encore trop tôt pour estimer le coût de cette crise sanitaire pour Lactalis. « On ne peut pas le dire de façon définitive mais ce sera très lourd, reconnaît-il. Plusieurs centaines de millions d’euros. » En outre, « cette affaire peut aussi nous coûter l’agrément à l’exportation sur une période qu’on ne peut pas estimer », ajoute-t-il, précisant que les marques Picot et Milumel, aujourd’hui retirées des rayons, seront relancées.

« On n’a pas toujours l’impression d’être écouté »

Interrogé sur sa discrétion légendaire dans les médias, Emmanuel Besnier assure aux Échos qu’il prendra « la parole chaque fois que nécessaire. […] Vous savez, nous avons beaucoup de choses à dire sur certains sujets mais on n’a pas toujours l’impression d’être écouté. Sur les problèmes de la filière laitière par exemple, il faut aussi parler du marché et pas uniquement des prix, même si c’est un élément très important. »

Quant au États-généraux de l’alimentation (EGA), Emmanuel Besnier estime que « les préconisations ne permettront pas de se déconnecter totalement du marché. Mais en assurant une meilleure valorisation des produits vendus en grande consommation, nous espérons qu’ils permettront de réduire la volatilité des prix. Nous avons passé des tarifs pour 2018 qui tiennent compte aussi du fait que les prix à la collecte ont augmenté en moyenne de 15 % en France l’an dernier. »

Avec l’AFP