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Rester vigilants pour valoriser l’herbe

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Tour des prairies - Rester vigilants pour valoriser l’herbe
« Les 100 mm tombés début mai ont boosté la pousse de l’herbe », souligne Joël Rougeron (à d.), en compagnie de son frère Didier (cette photo avait été prise en avril 2018 pour illustrer un article paru en mai de la même année). © M.-F. Malterre

Au début de mai, la pousse de l’herbe est repartie. C’est un soulagement pour les éleveurs, qui avaient eu quelques sueurs froides en avril alors qu’un début de sécheresse pointait.

« Pour ce début de printemps, le bilan de la pousse de l’herbe est globalement homogène toutes régions confondues, observe Jérôme Pavie, de l’Institut de l’élevage. L’hiver doux et humide a été suivi d’une mise à l’herbe précoce. Il y avait alors beaucoup d’herbe sur pied, ce qui a pu donner lieu à des “débrayages” de paddocks lors du premier tour de pâturage. En mars, le gel accompagné de vent d’est a ralenti la pousse. La chaleur de début avril a continué de peser sur la croissance de la végétation avant l’arrivée de la pluie à partir du 20 avril. » Ce qui a soulagé un grand nombre d’éleveurs, notamment à l’est du pays où les craintes d’une sécheresse plus marquée pointaient. « La Drôme, par exemple, a connu le printemps le plus sec de son histoire », ajoute-t-il.

> À lire aussi : Une pousse de l’herbe excédentaire en avril (05/05/2020)

Le 11 mai, la situation fourragère est plus détendue. C’est le cas dans l’Est, à la ferme expérimentale Arvalis de Saint-Hilaire-en-Woëvre (Meuse). « La reprise de la pousse est toutefois timide, souligne Didier Deleau, ingénieur fourrage. Elle est mesurée à 40 kg de MS/ha/jour contre 80 à 100 kg habituellement à cette date. Nous sommes loin du pic. »

Amplitudes thermiques

Les sommes de températures sont pourtant en avance par rapport à d’habitude. Au 10 mai, elles atteignaient 865 °C (base 0 au 1er février) à Saint-Hilaire-en-Woëvre, contre 714 °C en moyenne lors des vingt dernières années. « Cette avance ne se visualise par toujours sur la végétation, car les amplitudes thermiques dans une même journée peuvent être importantes, constate l’expert. Nous avons toutefois débrayé quelques parcelles de pâturage­ pour les enrubanner en avril. 2 t de MS/ha ont été récoltées. Cela permettra d’obtenir des repousses précoces. Nous allons continuer le pâturage à raison de 35 ares/UGB lors du deuxième tour. Nous ne sommes pas inquiets pour l’instant, jusqu’à la deuxième décade du mois de juin. »

Dans le nord du pays, la pousse n’est pas extraordinaire pour la saison. « Lors de la première semaine de mai, elle atteignait 60 kg de MS/ha/j, déclare Quentin Dewilde, de la chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. Les disparités sont importantes entre les secteurs. Les récoltes d’ensilage de prairies battent leur plein. Les rendements ne semblent pas mirobolants et assez hétérogènes selon les zones. Il est important de ne pas faucher en dessous de 5 cm, pour ne pas pénaliser les repousses. Plus la gaine des graminées est coupée courte, plus la repousse sera longue. En début d’année, les apports d’azote qui n’ont pas toujours pu se faire au bon moment peuvent expliquer le faible niveau de rendement. »

Dans le Sud, « le premier tour de pâturage s’est achevé sous tension à cause du temps sec, observe Caroline Auguy, de la chambre d’agriculture du Tarn. Les ensilages ont cependant pris du retard pour une récolte au stade optimum des préconisations. Il sera important de terminer ces récoltes au plus vite pour obtenir des repousses à la fin du mois de juin, car c’est à ce moment-là que le déficit d’herbe commence à se faire sentir chaque année. »

Levée du maïs rapide

En Nouvelle-Aquitaine, à la ferme du Ciirpo (Centre interrégional d’information et de recherche en production ovine), en Haute-Vienne, « les repousses des parcelles enrubannées en avril seront réservées aux agneaux sevrés début juin », expliquent Cécile Valadier et Denier Gautier. Avec la pluie, la ressource devrait être satisfaisante.

Dans l’Ouest, à la ferme expérimentale Arvalis de La Jaillère, en Loire-Atlantique, Anthony Uijttewaal prévoit un pic de la pousse après le 15 mai, si les températures se redressent par rapport à celles enregistrées autour du 10 mai. « Nous avons réalisé les premiers semis de maïs en avril dans les sols les plus filtrants dans de bonnes conditions. Les levées ont été rapides et homogènes. »

Dans le Centre, à la ferme de Jeu-les-Bois, dans l’Indre, il est tombé près de 130 mm de pluie début mai, rendant « impraticables » certaines parcelles près de la Bouzanne, un affluent de la Creuse. « Nous espérons que ces zones puissent se ressuyer rapidement pour exploiter au mieux la ressource, sans dégrader la structure du sol », déclare Nicolas Dagorn.

Marie-France Malterre

« Le méteil sécurise notre système fourrager »

« Les 100 mm de pluie tombés au début du mois de mai nous ont remonté le moral, s’exclame Joël Rougeron, à la tête de 120 charolaises (naisseur-engraisseur) avec son frère Didier, à Saint-Julien-la Genête, dans la Creuse. Nous avions très peur que la sécheresse ne s’installe. Les coteaux commençaient à jaunir. Nous sentions la catastrophe pointer, alors que l’hivernage s’est terminé sans aucune réserve de stock. »

Pourtant, les frères ont lâché leurs animaux le 7 avril. Jamais ils n’avaient sorti leurs charolaises si tôt. « La végétation depuis le début de l’année était particulièrement en avance, ajoute Joël. Début mai, les sommes de températures dépassent 800 °C jour (base 0 au 1er février). Les céréales qui épient (le 8 mai) ont une quinzaine de jours d’avance par rapport à une année normale. Nous devons faire face à des à-coups de températures importants, avec de forts vents d’est. Courant avril, nous avons enregistré plusieurs jours de gel, même si la pousse de l’herbe est restée­ ­correcte. »

Grâce au pâturage tournant, quelques paddocks pourront être débrayés et seront prochainement­ récoltés. Pendant le week-end du 8 mai, les frères ont fauché 23 ha de méteil. Ceux-ci représentent le capital sécurité de l’exploitation des dernières années (lire La France agricole du 18 mai 2018, p. 40). Ils constituent le quart du volume total stocké. « Nous récoltons chaque année de 5 à 6 t de MS/ha de bonne qualité (0,93 UF/kg de MS, 105 g PDI/kg de MS). » Le mélange composé de triticale (110 kg), de pois (40 kg) et de vesce (de 10 à 15 kg) offre de bons résultats en termes de rendement. Une prairie était implantée sous couvert du méteil sur la moitié des 23 ha. Elle devrait procurer de belles repousses dès le mois de juin. L’autre moitié sera prochainement ensemencée avec du maïs, une culture qui sert à l’engraissement des taurillons, mais dont la pousse est aléatoire ces dernières années. « En 2019, la qualité médiocre de l’ensilage a ralenti la croissance des taurillons alors que la ration avait été complémentée avec des céréales », explique Joël, redoutant que cette mésaventure ne se reproduise en 2020.

« Les 100 mm tombés début mai ont boosté la pousse de l’herbe », souligne Joël Rougeron (à d.), en compagnie de son frère Didier (cette photo avait été prise en avril 2018 pour illustrer un article paru en mai de la même année). © mf.malterre
L’évapotranspiration engloutit les réserves d’eau

Les niveaux de remplissage des réserves utiles (RU) sont repassés dans le vert depuis le début des pluies. Le 3 mai, les mesures réalisées dans la Creuse par la chambre d’agriculture montraient que le taux de remplissage était supérieur à 80 % dans la totalité des secteurs. Pour autant, cette situation peut vite se dégrader. « Cela dépend de la taille de la RU et de l’intensité de l’évapotranspiration, précise Hervé Feugère, de la chambre d’agriculture. Par exemple, dans le cas d’un sol superficiel où la RU d’une capacité totale de 45 mm est remplie à 88 %, 40 mm sont disponibles pour les plantes. Si l’évapotranspiration est de 3,5 à 4 mm, en une dizaine de jours, s’il ne pleut pas de nouveau, la totalité de la réserve est engloutie. Les sols plus profonds devraient “tenir” plus longtemps. Il n’est pas exclu qu’une sécheresse s’installe, si les pluies ne sont pas régulières. »

Le flash Herbe et fourrages du Centre-Val de Loire, du 5 mai 2020, recommande de réserver des surfaces en paille. « Nous constatons déjà une indisponibilité dans certains secteurs, avertissent les conseillers. De nombreux hectares de céréales n’ont pas été semés à l’automne 2019 et le rendement en paille risque d’être réduit cette année. Nous préconisons donc de réserver dès à présent les surfaces en paille 2020 et de prévoir une marge de sécurité de l’ordre de 20 à 25 %. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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