Au Salon de l’agriculture, la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, est revenue sur le premier appel à projet de l’association France Carbon Agri (FCAA) lancé en novembre dernier, une « première en France ». « Le label bas-carbone est un nouvel instrument opérationnel de lutte contre le changement climatique proposé aux agriculteurs », expose le communiqué publié le 23 février.

Si les premiers projets labellisés « Bas-Carbone » se cantonnent aux éleveurs bovins, suivant la méthode Carbon Agri (1), « une émulation forte émerge dans d’autres secteurs de production comme celui des grandes cultures », note Marie-Thérèse Bonneau, présidente de FCAA.

Pour plus d’informations : L’élevage fait son entrée sur le marché du carbone » (26/09/2019)

Des pratiques qui suscitent de l’intérêt


Pour l’heure, 391 éleveurs se sont engagés dans la démarche, et projettent d’économiser 70 000 tonnes de dioxyde de carbone sur cinq ans. « Ces efforts de réduction des émissions passent en partie par le stockage du carbone dans les prairies, à hauteur de 30 à 40 %. Le reste se traduit par une évolution progressive des pratiques culturales et d’élevage pour tendre vers une plus grande cohérence du système d’exploitation », explique Marie-Thérèse Bonneau. Quel que soit le système de production en jeu – intensif, extensif, en agriculture biologique – la réduction des émissions carbone est possible.

Pour la rémunération du carbone évité, converti en crédits carbone, les discussions entre les différentes parties prenantes sont en cours. Le prix de 35 euros par tonne de carbone a été évoqué. « Il faut nous laisser le temps de négocier », ajoute la présidente de l’association.

Une chose est sûre, l’engouement des acheteurs est bien présent. La Poste, Caisse des dépôts ou encore le groupe du luxe Kering figurent dans le lot d’entreprises déjà engagées dans la démarche de responsabilité sociétale et intéressées par le rachat de crédits carbone. « Dès juin 2020, un autre appel à projets sera lancé et le but est d’arriver à en proposer 3 à 4 par an, en fonction de la demande des agriculteurs », prévoit Marie-Thérèse Bonneau.

Le consentement à payer des entreprises

D’après une enquête (2) conduite par l’Inrae et l’École supérieure d’agricultures d’Angers (Esa), 80 % des agriculteurs, collectivités et entreprises interrogés se disent prêts à s’engager sur le marché du carbone. Mais à certaines conditions.

« Le consentement à payer et à recevoir des entreprises et agriculteurs dépend essentiellement de la transparence et de la crédibilité des transactions », explique Sarah Colombié, consultante innovation environnement de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Si d’un côté les éleveurs ont notamment besoin de justifier leurs efforts en s’associant avec des entreprises engagées (anti-greenwashing), ces dernières s’intéressent aux co-bénéfices des projets proposés ainsi qu’à leur ancrage territorial. « Peu importe l’envergure de l’entreprise, il y a une véritable attente du panel pour s’associer à un groupe local d’agriculteurs, ajoute Sarah Colombié. Cela permet de raconter une histoire, de donner du sens à la démarche. »

Le marché du carbone étant un marché de gré à gré, les entreprises panélistes se disent prêtes à rémunérer la tonne de carbone stockée par les haies (levier pas encore intégré à Carbon Agri). L’espace de négociation s’établit entre 50 et 100 € la tonne, voire plus selon les co-bénéfices accociés. « Si les réductions d’émissions brutes de carbone peuvent être associées à des gains économiques pour l’éleveur, son stockage coûte plus qu’il ne rapporte, d’où un besoin de rémunération plus important », souligne la consultante.

> Voir aussi : L’élevage émet-il plus de gaz à effet de serre que le transport ? (DecodAgri)

A. Courty et L. Pouchard

(1) Carbon Agri : méthode labellisée permettant de quantifier et de rémunérer la réduction d’émissions carbone sur une période de cinq ans renouvelable via le diagnostic environnemental CAP’2ER.

(2) Enquête ESA/INRAE auprès de 21 élus et agents de collectivités locales, 22 entreprises (à majorité avec un fort ancrage local) et 45 agriculteurs basés en régions Bretagne et Pays de la Loire. Cette enquête s’est faite dans le cadre du projet Carbocage (Chambre Pays de la Loire), sur l’évaluation du carbone stocké par « des haies bien gérées ».

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Demande moins soutenue en races à viande

L’activité commerciale est très calme dans le secteur de l’aval, face à un recul de la demande dans les aloyaux. L’offre en vaches de réforme laitières correspond mieux à la demande un peu moins soutenue.