Cela fait plusieurs années que Morgan Louche, éleveur depuis 2013 dans la Saône-et-Loire, songeait à lancer de façon progressive, un projet de diversification sur son exploitation, avec des poules gauloises noires de Bresse. Mais c’est un événement inattendu sur son élevage actuel de poules pondeuses, élevées en plein air, qui l’a déterminé à le porter sans plus attendre.

Salmonelle : quand tout bascule

En septembre 2020, le trentenaire a dû faire abattre une partie de ses poules, à la suite d’une trace de salmonelle découverte dans la litière de l’un de ses bâtiments. « Quand on apprend ça, c’est un peu tout qui s’écroule », se souvient l’agriculteur.

Le choc est d’autant plus dur qu’il apprend par son assureur que ce type de contamination ne peut être en aucun cas couvert. « Je n’ai pas eu besoin de rappeler les œufs que j’avais vendus, mais pendant quinze jours, mes nouveaux œufs sont partis à la casse. Tout a été à ma charge, l’abattage, les frais de vétérinaire… Et c’est un revenu sur 14 mois qui s’est ainsi envolé. Pour une petite exploitation, c’est énorme. »

D’autant plus que Charlène Revol, sa compagne, venait tout juste de le rejoindre à temps plein sur l’exploitation. Elle a débuté à ses côtés dès 2016, pour lancer trois ans plus tard son « projet caille ». En septembre 2020, elle quitte définitivement son emploi pour s’y consacrer. « On ne pouvait pas s’attendre à ce que la salmonelle soit détectée quelques jours plus tard », poursuit l’éleveur.

L’œuf d’antan remis au goût du jour

Le coup est rude, mais le couple relance rapidement la machine. « Nous ne voulions pas repartir sur le même modèle, nous avons décidé d’élever des poules gauloises noires, dite noires de Louhans, réputées pour les œufs et la chair. Cette race est originaire de notre canton de Cuiseaux, mais a été abandonnée en faveur d’autres races plus rentables, explique Morgan Louche. Quelques amateurs en font la sélection pour ne pas qu’elle disparaisse complètement, mais elle n’est plus utilisée depuis 1957. »

Les éleveurs prévoient aussi de réintroduire, dans leur nourriture, du maïs blanc qui avait quasi disparu. « Cette céréale était autrefois cultivée dans le canton, et a aussi été abandonnée en faveur de maïs plus rentable. Sylvain, mon ami d’enfance, partage ces valeurs et cet amour pour notre patrimoine et nos traditions. C’est lui qui cultivera donc une parcelle dans le village et nous vendra le fruit de son travail. »

Une campagne de financement participatif ouverte

Dès ses débuts, l’éleveur s’est fait remarquer par sa capacité à entreprendre : après s’être installé sur l’ancienne porcherie de ses grands-parents à Huilly-sur-Seille, il s’est illustré par la création d’un centre d’emballage agréé CE, l’autorisant notamment à travailler avec des professionnels comme les petites épiceries et les restaurateurs gastronomiques à qui il vend en direct : « En 2014, je suis devenu le premier petit élevage fermier de Bourgogne à obtenir cet agrément européen, à la grande joie des restaurateurs, notamment les chefs étoilés de la ville de Tournus avec qui l’expérience a débuté, explique-t-il. Petits bistros et grandes maisons sont friands de nos œufs vendus 1 à 5 jours après la ponte. »

Malgré la crise sanitaire, ils ont déjà fait part au couple de leur intérêt pour leur projet. « Le marché existe », souligne Morgan Louche. Des aménagements sur l’exploitation sont toutefois nécessaires au préalable. Certains sont déjà en cours, d’autres nécessiteront un financement extérieur.

Afin de mener à bien leur projet, Morgan et Charlène ont lancé une campagne de financement participatif (avec contrepartie) via la plateforme Miimosa. La cagnotte est ouverte jusqu’au 4 décembre 2020.

Rosanne Aries