Un chemin semé d’embûches. Voilà ce qui attend le pastoralisme, selon une analyse publiée le 15 décembre 2020 par Agreste et le centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture. « Héritier d’une tradition paysanne, vivrière, il est confronté aux impératifs de compétitivité et de modernisation des structures agricoles, dans le contexte de la mondialisation », résume la note.

De nouvelles contraintes

« Certaines filières de l’élevage pastoral sont aussi affectées par la diminution de la consommation de viande, l’accès restreint au foncier et le difficile maintien d’équipements locaux. À cela s’ajoutent des contraintes environnementales : changement climatique et cohabitation avec les grands prédateurs », précise le centre d’études et de prospective.

Afin de préparer et sécuriser l’avenir de cette filière, le ministère de l’Agriculture a fait appel à l’expertise des cabinets Blezat Consulting et TerrOïko. Ces derniers se sont appuyés sur les réflexions d’un groupe de travail prospectif composé d’acteurs divers, issus du ministère, d’instituts techniques, d’associations ou encore d’organisations professionnelles agricoles. Trois scénarios possibles à l’horizon de 2035 ressortent de ce travail collectif.

  1. Le « pac (te) pasto-durable »

    Le premier scénario mise sur les aides publiques et l’engagement des consommateurs. Parmi les aides nationales évoquées apparaissent : des politiques d’aménagement du territoire, la mise en place d’une protection aux frontières de l’Union européenne, la création d’un cahier des charges spécifique améliorant la compétitivité des filières pastorales, des aides à l’investissement pour adapter les systèmes au réchauffement climatique et le maintien des effectifs de loups au niveau de 2020.

    « Ainsi, en 2035, les élevages pastoraux ont vu leur situation économique et sociale progresser, résume Agreste. Malgré tout, des points de vigilance persistent sur cet équilibre territorial trouvé, notamment en matière de coûts budgétaires des politiques engagées et de compétitivité sur les marchés européens et internationaux. Les paiements pour services environnementaux sont jugés non souhaitables s’ils conduisent à changer substantiellement la vocation du métier d’éleveur. » Toutefois, ce scénario apparaît comme le plus favorable.

  2. Le « pasto, un produit régional »

    Ce scénario mise également sur l’intérêt des consommateurs mais dans un contexte où les budgets publics sont serrés et où les dispositifs régionaux prévalent sur les actions nationales et européennes. Ainsi, les élevages des zones intermédiaires sont quelque peu lésés.

    Sur la question du loup, « un abandon des zones les plus attaquées » et « une cohabitation entre élevages pastoraux et grands prédateurs avec un budget de protection et d’indemnisation par éleveur équivalent à celui de 2020 » sont à prévoir.

  3. Le « pasto-libéralisme »

    Le dernier scénario est le plus inquiétant. Dans celui-ci, une future Pac « va dans le sens d’une forte diminution des aides à l’agriculture, y compris celles à orientation agroécologique. » Le renouvellement des générations n’en devient que plus compliqué, et « certains élevages se reconvertissent dans des systèmes plus intensifs, abandonnant le système pastoral ».

    À l’horizon de 2035, de « larges parcs à moutons protégés » et des « gros troupeaux de type ranching », moins exposés aux grands prédateurs, sont susceptibles de remplacer les structures actuelles. Les derniers élevages traditionnels résistent « grâce au maintien de filières locales (agropastoralisme, économie circulaire, etc.) et au sein de zones réunissant des conditions favorables », synthétise Agreste.

« Un avenir souhaitable » à bâtir

« Un avenir souhaitable pour le pastoralisme semble pouvoir se bâtir, dans les prochaines années, sur la transition écologique et la valorisation des produits, avec des systèmes techniques lui permettant de résister aux changements climatiques et énergétiques », aussi bien en montagne que sur les zones intermédiaires, conclut Agreste.

Pour y parvenir, il sera nécessaire de « miser sur la qualité des produits », « la diversification (coproduits, agrotourisme) », et « les circuits de proximité » tout en « sécurisant le foncier pastoral », et en « cohabitant avec le loup » pour garder les faveurs du public.

Alexandra Courty