L’élevage de demain sera-t-il en capacité de subvenir aux besoins des 9 milliards d’individus à l’horizon de 2050 ? Les chercheurs de l’Inrae ont tenté de se projeter et d’imaginer des solutions pour que l’élevage – souvent remis en cause – se transforme et contribue pleinement au développement de systèmes agroalimentaires plus durables et à la vitalité économique des territoires.

Nourrir le monde sans détruire les forêts

Quelle direction donner à l’élevage et à la consommation de produits animaux au regard des enjeux de demain ? La prospective Agrimonde-Terra réalisée par le l’Inra et le Cirad (1) fait état de cinq scénarios d’usage des terres et de sécurité alimentaire à l’horizon de 2050. Les hypothèses portées à l’échelle internationale restent pleines d’incertitudes. Produire suffisamment de biomasse pour nourrir une population mondiale croissante sans étendre la surface agricole au détriment des forêts reste une équation difficile à résoudre.

Dans chaque scénario, l’hypothèse d’évolution des régimes alimentaires est combinée à une hypothèse d’évolution démographique (1). « Si le levier phare reste la réduction de la consommation de produits animaux, il est important de savoir quel régime on y associe et à quelle échelle du globe. Les scénarios étudiés impliquent des niveaux de consommation mondiale de produits animaux très contrastés en 2050 », relate Chantal Le Mouël, chercheuse à l’Inrae.

Une consommation de produits animaux contrastée

Tandis que quatre scénarios conduisent à une stabilisation, voire une diminution de la part des calories d’origine animale dans les régimes alimentaires des régions développées et émergentes, ils aboutissent cependant à une augmentation de cette part dans les régimes des régions en développement », précise l’ouvrage « De grands défis et des solutions pour l’élevage », publié par l’Inrae.

Comme leviers alternatifs à la réduction de consommation des produits animaux figurent l’augmentation des rendements végétaux ou encore l’amélioration des efficiences animales. D’autant que dans la plupart des scénarios prévoient que « les performances techniques des systèmes d’élevage (et des systèmes de culture) s’améliorent dans les régions en développement à l’horizon de 2050 ».

Parvenir à un schéma de cohérence

Les scénarios élaborés se heurtent néanmoins à une difficulté majeure : le manque de cohérence des données entre les différentes régions du monde. « Par exemple, les hypothèses sur la Chine sont difficiles à établir. Lorsque l’on confronte les données en termes d’effectifs d’animaux vivants et abattus, les résultats ne coïncident pas », explique Chantal Le Mouël. Malgré de fortes variabilités à l’échelle du globe, les chercheurs s’entendent sur l’importance de mettre en cohérence les données existantes pour repenser les systèmes d’élevage de demain.

Lucie Pouchard

(1) Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

(2) Les scénarios d’Agrimonde-Terra utilisent une seule hypothèse d’évolution démographique : la projection médiane de l’ONU, dans laquelle la population mondiale s’établirait à 9,7 milliards d’individus en 2050.