« Ce que nous souhaitons, c’est que le marché intérieur rémunère a minima les coûts de production des exploitations, soutient Damien Lacombe, président de Coop de France métiers du lait, lors d’un entretien accordé à La France Agricole le jeudi 29 novembre 2018. Je ne sais pas si nous y parviendrons en une année, mais nous devons profiter de cette période de sortie des États-généraux de l’alimentation (EGA) pour aller chercher de la valeur dans les négociations commerciales. Il ne faut pas gâcher cette occasion. »

« L’écart avec les coûts de production est trop important »

Promis par le plan de la filière laitière pour le premier semestre de 2018, les indicateurs de coûts de production n’ont à ce jour pas été dévoilés par le Cniel, l’interprofession laitière. « Ils sont d’ores et déjà calculés, mais doivent être validés par le droit européen de la concurrence avant d’être publiés, précise Damien Lacombe. Néanmoins, nous les connaissons, et cela nous donne une vision de l’écart qui existe entre la valorisation du marché intérieur, qui se situe entre 330 et 340 €/1 000 l actuellement, et le coût de production des exploitations. Il est aujourd’hui trop important, et en défaveur des producteurs. »

Pour le président de Coop de France métiers du lait, « l’arrivée de la distribution au sein du Cniel l’engage à entrer dans une dynamique de filière. L’interprofession n’est évidemment pas un lieu de négociation des tarifs, mais il y a des sujets importants à traiter sur le long terme : dynamiser les produits dont la consommation baisse, proposer des garanties aux consommateurs… Cela engage aussi la distribution sur le court terme, et c’est tout l’enjeu des négociations tarifaires en cours. »

« Améliorer le mix-produit »

Pour autant, les produits de grande consommation (PGC) destinés au marché français ne sont pas le seul débouché du lait collecté par les coopératives françaises. « En moyenne, 30 % des volumes sont destinés à l’exportation. » Si Damien Lacombe évoque « la nécessité à court terme d’améliorer le mix-produit et de maîtriser la collecte pour limiter la dépendance aux marchés mondiaux beurre poudre », il estime qu’une filière qui réduirait ses approvisionnements n’a pas d’avenir.

Pour mieux gérer l’effet de prix des « volumes volatils » commercialisés sur le grand exportation, plusieurs pistes sont étudiées par la coopération laitière, comme le recours aux marchés à terme, ou l’utilisation de « prix moyennisés » pour les jeunes installés. « Nous aussi avons à travailler sur la compétitivité, tant en amont qu’en aval. Dans un monde sans frontières et complètement ouvert, le réveil pourrait être difficile. »

« Les modèles d’exploitation vont évoluer »

L’enjeu du renouvellement des générations d’éleveurs préoccupe également la coopération laitière. « Les modèles et le litrage par exploitation vont évoluer, estime Damien Lacombe. Si l’obtention d’un prix du lait rémunérateur est évidemment essentielle, la nécessité de trouver une organisation pour se libérer est aussi un sujet majeur. Les jeunes générations ne souhaitent pas travailler sept jours sur sept comme l’on fait leurs prédécesseurs. Ils veulent aussi une vie sociale. »

Mais le président de Coop de France métiers du lait prévient : « le consommateur n’acceptera pas des modèles déconnectés du sol qui atteignent des tailles trop importantes. Nous avons en France une filière qui est restée familiale. Il faut qu’elle garde cette image d’une production liée à son territoire. Il y aura des structures de toutes tailles, et c’est à nous, coopératives, d’accompagner et de valoriser ces différents modèles. »

V. Gu.