Alors que les contrats laitiers post-Egalim devaient initialement être bouclés en avril 2019, les négociations piétinent. Le médiateur des relations commerciales agricoles a annoncé une nouvelle date butoir au 1er décembre 2020, mais force est de constater que les organisations de producteurs (OP) peinent à obtenir un accord-cadre auprès de leurs clients. « Les OP les plus anciennes ont été créées il y a moins de dix ans, rappelle Denis Berranger, président de France OP Lait (FOPL). Notre fonctionnement n’est pas encore abouti, il reste du travail. »

Les premières assises de la fédération d’OP, organisées le 13 octobre 2020 à Paris, ont permis à divers acteurs de la filière laitière et personnalités politiques de coconstruire, ou du moins d’envisager, un avenir meilleur pour les OP françaises.

Peser davantage dans les négociations

Tous s’accordent à dire que pour peser, il faut rassembler. « Il faut jouer collectif, sinon le rapport de force ne penchera jamais en faveur des agriculteurs, affirme Jean-Baptiste Moreau, député (LREM) de la Creuse. On pourrait envisager de conditionner certaines aides Pac à l’appartenance à une OP pour inciter les producteurs à se regrouper. » Et la marge de manœuvre est grande puisque « le volume de lait cru négocié par une OP est limité à 3,5 %, et bientôt à 4,5 %, de la collecte européenne », indique Frédéric Courleux, agroéconomiste au Parlement européen.

Dans la même logique, Philippe Duclaud, directeur général de la performance économique et environnementale des entreprises au ministère de l’Agriculture, estime que « les associations d’OP et les OP travaillant avec plusieurs laiteries, dites OP transversales, ont plus de marge de manœuvre dans les négociations. »

Pousser l’état d’esprit des États-généraux de l’alimentation

Pour certains, la « boîte à outils » de la loi portant sur l’alimentation n’est pas suffisamment exploitée, voire insuffisante. « Avec cette loi, nous avons voulu bien faire mais il y a des failles, reconnaît Martine Leguille-Balloy, députée (LREM) de la Vendée. Les industriels gardent la main sur les volumes et perpétuent les accords de collecte. » C’est la raison pour laquelle l’agroéconomiste Frédéric Courleux a mis en avant la nécessité d’évoluer vers un système avec transfert de propriété du lait des producteurs vers l’OP. « Les négociations sur le prix et le volume sont indissociables », considère-t-il.

Autre écueil de la loi Egalim, le « flou » des indicateurs de marché. Car pour mener à bien l’inversion de la construction du prix à partir des coûts de production, et signer les accords-cadres, il faut s’entendre sur des indicateurs associés à des volumes. Même si le Cniel n’a plus vocation à fixer le prix du lait, « l’interprofession publie un tableau de bord des indicateurs relatifs au marché et FOPL n’assiste pas à ces débats, déplore Denis Berranger. Les industriels ont une longueur d’avance pendant les négociations. »

Si le plan de relance prévoit d’accompagner et de former les OP sur le sujet de la contractualisation, Frédéric Courleux estime que la création d’un délégué interminestriel aux OP serait un signal fort de l’engagement de l’État vis-à-vis de ces problématiques.

Trouver sa place dans la prochaine Pac

Enfin, il reste une carte à jouer à l’échelle européenne. « Sur les dix objectifs de la future Pac, figurent un revenu équitable pour les producteurs et le rééquilibrage des pouvoirs au sein de la chaîne alimentaire, insiste Michel Lafont, responsable du pôle économique de la chambre d’agriculture de la Normandie. Et les OP prennent tout leur sens dans ces piliers. »

En plus de se pencher sur des outils encore inexploités, comme l’Instrument de stabilisation du revenu (ISR), les OP devraient bientôt accéder à des financements communautaires. « Chaque État membre va établir un plan stratégique national (PSN Pac), définissant les modalités de mise en œuvre de la Pac dans le pays, explique Michel Lafont. Dans ce cadre, les OP devraient pouvoir proposer des programmes opérationnels à intégrer au PSN » pour établir et défendre leurs axes de développement. Pascal Nizan, membre du bureau de La Coopération laitière, a par ailleurs indiqué que de plus en plus de coopératives devraient demander leur agrément en OP pour accéder à ce dispositif.

Alexandra Courty