Une éclaircie dans le brouillard. Après avoir respectivement perdu 700 € par tonne et 600 € par tonne depuis le mois de février, les cotations européennes de la poudre maigre et du beurre reprennent des couleurs à la fin d’avril. D’après les données de la Commission européenne, le prix du beurre se stabilise autour de 3 000 € la tonne, soit un repli de 30 % sur un an. De son côté, le cours de la poudre maigre rebondit légèrement et s’aligne sur son niveau de 2019 (1 940 € la tonne).

Un premier signe de stabilisation des marchés donc, « mais rien ne dit que l’on va en rester là », avertit Gérard You, économiste à l’Institut de l’élevage (Idele), lors d’une visioconférence donnée le 30 avril 2020. Sans politique incitative à la baisse de la production laitière à l’échelle européenne, « les stocks européens risquent de gonfler, avec une possible intervention de la Commission avant l’été ».

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Exportations en repli

Au niveau des débouchés, « la hausse des ventes via la grande distribution et l’e-commerce compense la perte de marché, en volume, vers la restauration hors foyer (RHF) », estime Gérard You. Mais les opérateurs laitiers déplorent également un repli des ventes auprès des industries agroalimentaires et à l’exportation.

« En cumul sur les mois de janvier et février, seules les exportations européennes de beurre progressent », note l’économiste de l’Idele. Sur le segment des ingrédients secs, les États-Unis (poudre maigre) et la Nouvelle-Zélande (poudre grasse) proposent des prix plus compétitifs. Le tassement de la demande asiatique a également eu raison des expéditions de poudre de lactosérum. Les données douanières ne sont pas encore tombées pour les mois de mars et d’avril « mais le déclenchement de l’épidémie ne devrait rien arranger », souligne Gérard You.

Collecte laitière freinée dans son élan

Cours en berne et débouchés à la peine, l’interprofession, les industriels, les organismes de défense et de gestion (ODG) des appellations et les coopératives de collecte ont pour la plupart appelé à la modération des livraisons.

En progression de 1,2 % par rapport à 2019 sur le premier trimestre, et ce malgré un cheptel en repli de 1,5 % sur un an, le mois d’avril marque un clair décrochage de la collecte laitière française. « Au début d’avril, les sols étaient relativement secs et les nuits fraîches ont joué sur la pousse de l’herbe, et donc sur la production des vaches laitières, explique Gérard You. Les dernières pluies vont améliorer les conditions fourragères des élevages et nous pourrons réellement mesurer l’effet des différentes mesures incitatives du Cniel et des laiteries. »

Vers les 330 €/1 000 litres au printemps

La relative stabilisation des marchés permet de maintenir la valorisation beurre poudre du lait autour de 220 €/1 000 litres. Mais cette composante ne définit pas à elle seule le prix du lait réel, rappelle la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). « La loi Egalim est toujours en vigueur et les indicateurs de prix de revient restent les mêmes pour des volumes destinés à 60 % au marché intérieur, souligne le syndicat dans un communiqué publié le 30 avril. Les producteurs ont fait leur travail en permettant aux transformateurs de continuer leur activité à plein régime et aux distributeurs de vendre plus que jamais des produits laitiers. Il revient maintenant d’appliquer la loi sur le paiement du prix du lait ! »

Un appel relayé par la section laitière de la FRSEA Ouest : « Les États-généraux de l’alimentation doivent être le garde-fou et maintenir un niveau de prix du lait satisfaisant. Le prétexte de la crise [du coronavirus] ne doit pas être pris pour s’asseoir sur les engagements des derniers mois notamment sur la prise en compte des coûts de production. »

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Malgré tout, le prix du lait standard devrait chuter de 20 à 30 €/1 000 litres sur le second trimestre, par rapport à la période janvier-mars 2020. « Le prix de base du lait conventionnel devrait s’établir entre 315 et 335 €/1 000 litres selon les laiteries », avance Gérard You.

A. Courty