Dans le Puy-de-Dôme, une cinquantaine d’éleveurs ont déposé plainte au tribunal de grande instance (TGI) de Clermont-Ferrand contre Lactalis et Sodiaal pour « extorsion » ce jeudi 24 novembre 2016. L’objectif est de « rendre visible le rapport de force entre l’industrie et les producteurs de lait », explique le syndicat.

Des paysans exclus des décisions

« Il s’agit de mettre en exergue le prix du lait, précise Ludovic Landais, porte-parole de la Conf’63, et de faire ressortir plusieurs problèmes : une rémunération du lait inférieure aux coûts de production, un niveau de prix qui n’est pas connu par l’éleveur avant la livraison, certains détails des contrats, comme celui de Lactalis qui stipule que les éleveurs qui portent préjudice à l’image de l’entreprise peuvent être exclus de la collecte, et la régulation des volumes, où l’on voit bien que ce sont les fermes les plus petites et les plus isolées qui servent de variable d’ajustement. Nous dénonçons le comportement des multinationales, et de la pensée unique. Ce sont eux qui élaborent la politique agricole, et les paysans n’ont pas leur mot à dire. »

Les privés comme les coopératives

Dans les Côtes-d’Armor, 50 éleveurs se sont également retrouvés devant le TGI de Saint-Brieuc, ce matin. Un dépôt de plainte à l’encontre des principaux collecteurs du département a été fait : en ligne de mire, Triskalia, Even, Laïta, Sodiaal et Sodiaal International, et Lactalis. Une délégation de cinq personnes a ensuite été reçue par le procureur de la République, à qui avait été demandé rendez-vous.

« Nous avons été bien reçus, et écoutés, rapporte Isabelle Connan, qui faisait partie de la délégation. Le procureur nous a dit qu’il allait étudier notre plainte et auditionner les laiteries, avant de voir les suites à donner. » Pour elle, le problème de fond vient d’une absence d’organisations de producteurs (OP) suffisamment fortes pour peser face aux industriels dans les négociations. Elle estime que les évolutions apportées par la loi Sapin 2 ou le paquet lait sont insuffisantes, et qu’une OP territoriale qui reprendrait en main la gestion des volumes et la négociation des contrats est la seule issue.

Le Finistère, la Mayenne, la Loire-Atlantique, mais aussi la Loire, le Tarn-et-Garonne, la Haute-Garonne ont également déposé plainte, manifesté ou remis un cahier de doléances au préfet en ciblant des industriels laitiers (Sodiaal et Lactalis, mais aussi Danone). Dans le Finistère, le dépôt de plaintes concernait la SILL, Lactalis, Sodiaal, Even, Triskalia et la CLAL. L’Aude et le Rhône, eux, ont ciblé les entreprises viticoles.

« Le délit est clairement identifiable »

Ces actions font suite à une action menée en février par la Confédération paysanne de l’Aveyron contre Lactalis, à l’issue de laquelle l’industriel avait porté plainte… Et la Confédération paysanne a fait de même en retour, avançant déjà la notion d’extorsion. « Puisque les entreprises payent en dessous des coûts de production tout en continuant à faire des bénéfices considérables, le délit est clairement identifiable », souligne le syndicat.

E.C.