Les justifications de la Suisse pour déclasser le loup d’espèce « strictement protégée » à espèce « protégée » sont liées, entre autres, à l’évolution des populations de loups en Europe. La tendance est haussière dans la plupart des pays. En France, la population est passée de 40 spécimens en 2000 à 360, selon l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. L’Allemagne a connu une croissance quasi comparable et compte de 330 à 390 loups.

Sur la façade ouest de l’Europe, les populations les plus denses sont recensées dans la péninsule Ibérique. L’Espagne et le Portugal comptent entre 2 060 et 2 750 loups. L’Italie, avec 1 800 têtes, a connu une forte progression aussi, puisqu’on en dénombrait seulement entre 400 et 500 en 2000. La Suède et la Norvège, qui comptent 430 loups au total, ont aussi quadruplé leur population lupine en moins vingt ans.

De 6 000 à 8 000 loups en Turquie

Plus à l’est, les compteurs explosent. La Pologne dénombre 1 700 à 2 000 loups, la Biélorussie, 2 000, la Roumanie, 2 500, la Bulgarie, plus de 1 000 et le record est pour la Turquie avec une estimation entre 6 000 et 8 000 loups, soit au moins six fois plus qu’en 2 000.

Les autres arguments présentés par la Suisse font état du manque d’harmonie concernant le statut de protection du loup, notamment à cause des réserves émises par presque la moitié des pays où vit le loup.

« Les effectifs peuvent être régulés »

La Suisse relate aussi les expériences dans les pays comme la Bulgarie, la Finlande ou la Lettonie, qui montrent que « les effectifs de loups peuvent être régulés de manière contrôlée dans le but de freiner et gérer l’évolution des effectifs et dans le même temps garantir la protection des espèces, souligne la Suisse. Mais la mise en œuvre de cette gestion n’est possible que dans les pays qui ont émis une réserve en ce sens. »

« Lors de l’élaboration de la convention de Berne, nombre de pays ne s’attendaient pas à un tel rétablissement et à une telle expansion des populations de loups et n’ont donc pas émis de réserve concernant cette espèce. Comme le loup est inscrit à l’annexe II, il manque aujourd’hui aux pays nouvellement colonisés la marge de manœuvre nécessaire à une nécessaire gestion durable de l’espèce. »

M.-F. M.