« Le loup est presque aux portes de la Bretagne », pointe Philippe Defernez, administrateur du groupe mammalogique breton (GMB). Le 14 mai 2021, un loup gris (Canis lupus lupus) a été photographié à Jard-sur-Mer, en Vendée, à moins de 200 km de la limite de la Bretagne administrative.

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Une centaine d’indices recueillis

Pour l’Observatoire du loup, site internet créé en 2013, l’affaire est entendue. Le loup est présent depuis « décembre 2011 » en Bretagne avec « cinq zones de dispersion » dans la région, selon son fondateur Jean-Luc Valérie, photographe animalier domicilié en Alsace, qui dit se fonder sur une centaine d’indices recueillis par des bénévoles.

Ses annonces, contestées par les autorités, donnent régulièrement lieu à des articles dans la presse locale. Mais Jean-Luc Valérie, qui conspue « l’incompétence » et « les mensonges » de ses contradicteurs, se retrouve bien seul à crier au loup.

« Ce n’est pas sérieux ! », tance ainsi Jean-François Darmstaedter, président de Ferus, association nationale de protection du loup. « À l’Observatoire du loup, ils voient des loups partout. Bientôt, ils vont en voir sur la place de l’Étoile à Paris ! », plaisante-t-il.

Dans une rare unanimité avec les associations environnementales, les chasseurs approuvent le constat. « On n’a rien, même pas de suspicion », explique-t-on à la Fédération régionale des chasseurs.

Pas de présence avérée pour l’OFB

Pour l’Office français de la biodiversité (OFB), qui fait référence en la matière, « il n’y a pas de présence avérée en Bretagne. Le loup suscite pas mal de fantasmes », explique Franck Varagnat, correspondant loup pour l’OFB en Bretagne, qui a travaillé 20 ans sur le grand canidé dans les Alpes.

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Pour attester de la présence du prédateur, l’OFB se fonde sur plusieurs types d’indices : des photos prises par des pièges photographiques, l’analyse des proies retrouvées mortes, et des tests génétiques sur des excréments ou de l’urine.

« Dès qu’une info nous remonte, elle est systématiquement exploitée », assure Franck Varagnat, qui pointe le « manque de rigueur scientifique » de l’Observatoire du loup. « Pour l’instant, sur la Bretagne, on n’a pas d’indice génétique de présence du loup », affirme-t-il.

La ressemblance avec les chiens-loups

Une partie de la confusion vient sans doute de la ressemblance du loup avec certaines espèces de chien, comme le chien-loup tchécoslovaque ou le chien-loup de Saarloos, dont plusieurs cas de divagations ont été signalés dans la région.

« Rien ne ressemble plus à un loup qu’un chien-loup. Moi-même, je m’y suis trompé », confirme Jean-François Darmstaedter.

Le dernier loup abattu dans le massif armoricain l’aurait été en 1913 à Tréméven, dans les Côtes-d’Armor. L’espèce a ensuite été considérée comme éradiquée au niveau national en 1937, avant qu’un couple de loups ne soit observé dans le parc du Mercantour (Alpes-Maritimes) en 1992.

Un territoire qui s’étend

La population de cette espèce protégée est aujourd’hui estimée entre 414 et 834 individus, avec une présence détectée jusqu’en Normandie et dans le Centre-Val de Loire. Animal discret, qui peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres en quelques jours, le loup peut être difficile à détecter, même si la multiplication des pièges photographiques lui laisse peu d’échappatoires.

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Un loup venu du nord de l’Allemagne a récemment été abattu dans les Vosges, à plus de 600 km de son lieu de naissance. Quand reviendra-t-il en Bretagne ? « Ça peut être demain, dans 10 ans ou dans 15 ans », avance Franck Varagnat.

Pour préparer cette étape, les naturalistes de l’association Bretagne Vivante et du GMB ont créé un site (loup.bzh) destiné à « mettre à la portée de la population une information solide, sérieuse et vérifiable », selon Philippe Defernez.

« On sait bien que le loup va revenir, ça va poser des problèmes avec d’éventuelles prédations sur le bétail. Il faut une préparation psychologique des gens », explique Jean-Noël Ballot, adhérent de Bretagne Vivante et membre du Groupe Loup Bretagne.

AFP