C’est dans un lot composé de 100 brebis et 150 agneaux récemment mis à l’herbe que l’attaque a eu lieu en pleine nuit. Le pré se trouve à 100 m devant la maison de Denis Brugière, au cœur d’un hameau. Vers deux heures du matin, Denis, qui élève 300 brebis île-de-France à Collandres à 1 100 m d’altitude dans les monts du Cantal, entend une agitation au sein du troupeau.

Alerté par les clochettes des brebis

« Le bruit fait par les clochettes portées par les brebis n’était pas normal en pleine nuit », témoigne-t-il. Il décide alors de se rendre auprès de son troupeau. Il y découvre des cadavres et des animaux en train d’agoniser. Il pense avoir dérangé le ou les prédateurs. Contactés au petit matin, deux agents de l’ONCFS, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, se déplacent pour expertiser les dégâts.

Le bilan s’alourdit au fil de la journée avec la mort et l’euthanasie de certains animaux pour arriver à la perte de 9 brebis et 23 agneaux. « Un vrai carnage ! Mes animaux étaient en pleine santé, avec un bon potentiel. Les agneaux âgés de 45 jours pesaient entre 13 et 18 kg. Cette vision d’animaux égorgés avec les trachées ouvertes, ensanglantés, à moitié vidés, pour certains agonisants, est insupportable ! »

Trois brebis disparues

« Nous ne prenons pas la peine d’élever des animaux avec tout le travail et l’attention que cela demande pour ce résultat-là ! » insiste-t-il. Dans une autre parcelle un peu plus éloignée, Denis Brugière trouve une brebis également égorgée. Dans ce lot de dix brebis vides, il manque aussi trois brebis à l’appel.

À l’automne dernier, Denis Brugière a déjà subi deux attaques. Il a perdu trois brebis le 16 novembre et neuf autres le 23 novembre. Il pense avoir affaire à des loups au regard de son expérience et des dégâts constatés. « Des gorges tranchées, des os brisés et des viscères mises à part ne ressemblent pas à des attaques de chiens errants. Nous en avons eu par le passé en zone d’estive. C’était différent et les chiens ont toujours été retrouvés. »

Sans solution

« Je ne pensais pas finir ma carrière en étant aussi désabusé car j’aime mon métier, explique l’éleveur, qui doit s’arrêter à la fin de l’année. Mon fils s’apprête à reprendre le flambeau mais je suis très inquiet pour lui. Nous n’avons pas de solutions efficaces pour lutter contre le loup. La présence de cet animal est tout simplement incompatible avec l’élevage, en particulier l’élevage ovin. »

« Ce ne sont pas des indemnisations pour des pertes directes et indirectes qui peuvent suffire à compenser les préjudices causés, reprend Denis Brugière. Où faire pâturer nos animaux sans crainte pour la saison qui débute ? Cette angoisse permanente ne peut qu’être comprise par des éleveurs. »

L’inquiétude monte dans le département où la présence d’un loup d’origine transalpine a été récemment confirmée par la DDT, direction départementale des territoires. En 2018, 36 constats de dommages sur ovins ont été déclarés dans le département, dont 21 pour lesquels le loup n’a pas été exclu par les rapports d’expertise.

Monique Roque Marmeys