« Nous sommes des fonctionnaires de l’Europe », lance Michel Barengo, le 17 septembre, à la tête de 700 brebis à La Bolène-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes (1). Sur l’alpage de l’Ortiguier qu’il exploite, en partie dans le parc national du Mercantour, son troupeau subit en moyenne quatre attaques par mois. Michel perçoit des indemnités en compensation et reçoit aussi des aides pour la mise en place des moyens de protection : trois patous, l’emploi d’un berger et installation de parcs protection en demi-lune compte tenu de la pente.

Un métier bouleversé

Ces versements ne couvrent pas l’intégralité des frais et des pertes, et surtout l’exercice du métier a été complètement bouleversé. Alors qu’autrefois il était basé sur la technique de valorisation de la ressource fourragère, il est aujourd’hui axé sur la protection du troupeau. Une protection qui est forcément faillible sur cet alpage très pentu et en partie boisé.

Le troupeau qui pâture 11 mois par an subit quatre attaques en moyenne par mois. Pour Gilles Gauneau, le berger qui est sans relâche auprès du troupeau, dès 4 heures du matin, cette situation est très pénible à vivre. « Chaque nuit, j’ai peur pour les bêtes », assure-t-il.

Gilles Gauneau, le berger, est sans relâche auprès du troupeau. © M.-F. Malterre/GFA

La brigade loup « ralentit » les attaques

Depuis que les tirs de prélèvements ont été mis en place, les attaques sont un peu plus espacées. La brigade loup de l’ONCFS, Office national de la chasse et de la faune sauvage, a passé cinq semaines sur le site. Le lieutenant de louveterie du secteur, Gérald Perrey, s’investit beaucoup bénévolement dans la surveillance de nuit.

« Le problème, c’est que la moitié de l’alpage est au cœur du parc national, et que l’on n’a pas le droit d’intervenir sur le prédateur à cet endroit », détaille Michel Barengo. Et le loup profite du moindre relâchement de l’affût.

Pas de vie de famille

Les brebis de Claire et Joël Sic, qui valorisent l’alpage voisin subissent un peu moins d’attaques, car les conditions sont un peu moins rudes. Les pentes sont moins abruptes et l’espace plus découvert. « Mais surtout Joël ne quitte quasiment jamais son troupeau », raconte Claire. Il lui arrive même de ne pas rentrer à la cabane pour la nuit. Il ne descend au village que pour un événement exceptionnel. En dehors des vacances scolaires, il ne voit pas ses enfants et Claire s’occupe seule de leur éducation.

Beaucoup d’exploitants de la zone vivent dans ces conditions depuis plus de 20 ans. Les quartiers les plus difficiles sont abandonnés. Michel Barengo avait expliqué sa colère en 2013 devant les autorités, lors du séminaire sur la protection des troupeaux contre la prédation organisé à Valdeblore (Alpes-Maritimes) par le Cerpam. Mais depuis rien n’a changé, sauf l’explosion des dégâts et l’élargissement des zones concernées dans l’Est, le Massif central, les Pyrénées…

M.-F. M.

(1) Rencontre lors d’un voyage organisé par la Confédération paysanne.