Lorsque la pression des attaques de loups contre les troupeaux est forte, des tirs dérogatoires peuvent être accordés, malgré le statut d’espèce protégée du prédateur. Mais dans quelle mesure ces tirs ont-ils un impact sur le niveau des attaques ? Les études sur le sujet sont peu nombreuses, leurs conclusions souvent contradictoires et leurs protocoles fragiles, estime l’équipe de recherche et d’expertise sur le loup et le lynx de l’OFB dans un article publié le 3 décembre 2020.

Une thèse en cours depuis 2018

« À peine une dizaine d’articles scientifiques dans le monde a analysé l’effet du contrôle létal sur les niveaux d’attaques de Canis lupus. De plus, toutes ces études ont été réalisées en

Amérique du Nord », à l’exception d’une étude espagnole, constate l’OFB.

En 2018, une thèse a vu le jour entre l’OFB et le Centre national de recherche scientifique (CNRS). Elle a pour objectif d’évaluer ces effets en s’appuyant sur les données des sept dernières années de mise en œuvre des tirs dérogatoires réalisés en France. Ces données sont essentiellement issues du massif alpin.

Un protocole travaillé

Les équipes ont veillé à la mise en place d’une « méthodologie la plus robuste possible », prenant en compte un maximum de paramètres. Un des enjeux principaux étant « la dissociation de la dynamique saisonnière des attaques, induite par les pratiques pastorales de transhumance, de celle qui est potentiellement modifiée par les tirs », présente l’OFB.

L’étude vise également à comprendre à quelles échelles, d’espace et de temps, définir les foyers de déprédation. Elle se basera sur une analyse avant/après l’instauration du tir sur une même zone plutôt qu’une comparaison entre deux zones différentes (l’une avec et l’autre sans tir) pour limiter au maximum les différences entre les zones de pâturage.

Deux théories avancées

L’article relate deux théories existantes. La première « argumente que le contrôle létal permettrait d’éliminer les loups potentiellement spécialisés dans la déprédation, de réduire localement l’abondance du prédateur et de rendre les loups survivants plus méfiants envers l’humain et ses troupeaux ».

« La deuxième avance que le contrôle létal, en prélevant notamment les loups reproducteurs, pourrait déstabiliser, voire dissoudre les meutes et provoquer une réorganisation des territoires. Les loups en dispersion dépourvus de leurs congénères, ou ceux nouvellement arrivés sans connaissance préalable du territoire, pourraient alors se rabattre sur les troupeaux domestiques, plus repérables et plus vulnérables que les proies sauvages. »

Raphaëlle Borget