« Il faut sortir du fantasme de la compatibilité du loup avec l’élevage », s’est exclamé Pierre-Yves Bonnivard, maire de Saint-Colomban-les-Villards, et président de l’Usapr (Union pour la sauvegarde des activités pastorales et rurales), au sommet du col du Glandon (Savoie). Depuis trois ans, les élus ont décidé de faire le point sur la pression de la prédation et formulent des propositions pour « ne plus subir », dans le cadre de la fête du pastoralisme.

Une femme « dévorée » par des chiens de protection

Le drame qui s’est déroulé sur la commune de Chichilianne (Isère) a renforcé l’exaspération des élus. Une habitante de la commune « a été dévorée » par des chiens de protection quelques jours plus tôt sur un chemin de randonnée. « J’ai mis des panneaux pour recommander aux touristes de ne plus aller sur les alpages, a indiqué Yann Souriau, le maire de la commune. Résultat, beaucoup ont décommandé leur séjour. Cette situation est totalement inacceptable. Il faut que cessent ces catastrophes. »

Ce n’est pas la première fois qu’un tel accident se produit. « Qu’est-ce qu’on attend pour réagir ? Qu’un enfant se fasse tuer par des chiens patous ? interroge la présidente du syndicat des éleveurs de la Haute-Savoie. C’est la vie des gens qui est en cause. Ce sont des vies brisées. J’ai peur qu’un enfant s’approche trop près des chiens parce que ses parents ne l’auront pas vu. Ce jour-là, on aura tous une responsabilité parce que l’on n’aura pas fait ce qu’il faut. Aujourd’hui, je ne sais pas ce qu’il faut faire pour que cela s’arrête. »

« Bousculer les choses »

Les intervenants semblent bien désarmés face à cette situation. « Il faut quand même qu’on arrive à sortir de cette désespérance », a déclaré Jacqueline Dupenloup, maire de Saint-Alban-des-Villards, soulignant que les représentants de l’État réunis autour d’eux la veille avaient été attentifs à l’exposé des problèmes. « Nous voulons fédérer des solidarités intermassifs pour bousculer les choses », s’est-elle exclamée.

Dans leurs conclusions, les maires ont rappelé l’échec des mesures de protection. « Depuis vingt ans, le loup fait ce qu’il veut, a constaté Pierre-Yves Bonnivard. Il faut lui mettre des limites. » L’élu a aussi insisté sur le besoin de transparence sur les chiffres. « Le développement des installations ne doit plus être ralenti par la pression de la prédation. Le travail d’éleveur demande une présence importante auprès des animaux. Avec les attaques, la situation est ingérable. »

« L’élevage est essentiel » en montagne

Pour l’Usapr, l’élevage et le pastoralisme, sont synonymes de biodiversité. « L’élevage est essentiel à toutes les autres activités économiques de montagne », a insisté Pierre-Yves Bonnivard, réclamant un assouplissement des mesures de prélèvement et une limitation des contraintes de leur mise en œuvre. Il a rappelé que des meutes entières posaient parfois des problèmes. Le piégeage ou l’utilisation de chiens créancés sur le loup pour les prélèvements font partie des propositions que formulent les élus pour limiter la pression de la prédation.

M.-F. M.

(1) Savoie, Isère, Drôme, Alpes-de-Haute-Provence, Lozère, Aveyron et Pyrénées-Orientales.