« J’en ai marre, je vais arrêter la production ovine », s’insurge Romain Bigeon, polyculteur-éleveur à Punerot, dans les Vosges. Depuis cinq ans son troupeau de brebis est régulièrement victime des attaques des loups. La semaine dernière, un loup a attaqué à deux reprises. Dans la nuit de mercredi 27 à jeudi 28 mai 2020, il a tué une agnelle de renouvellement, puis dans la nuit de samedi 30 à dimanche 31 mai 2020, il a égorgé deux brebis de 80 kg. Il est revenu de nouveau la nuit dernière pour tuer trois agneaux. En cinq ans, l’effectif de l’exploitation a fondu. Il ne reste plus qu’une quarantaine de têtes contre une centaine au milieu des années 2010.

Le loup provoque l’affolement des brebis

« J’ai surpris le loup en action, lors d’une attaque, explique Romain Bigeon. Il tourne autour de la clôture jusqu’à ce que les brebis s’affolent et qu’elles emportent le filet pour fuir. C’est ce moment-là que le loup les égorge. Il broie littéralement la trachée. » La production ovine sur son exploitation est complémentaire aux cultures et à deux troupeaux de bovins laitiers et allaitants.

« Mon père adore cette production, mais si nous envisageons de l’abandonner c’est à cause de la conduite technique qui est de plus en plus difficile, déclare Romain Bigeon. La reproduction des brebis est fortement perturbée (baisse de la fertilité, désaisonnement) à la suite des attaques. « Il faudrait installer des clôtures de 2 m de hauteur à la place des filets classiques, pour protéger davantage le troupeau », estime l’exploitant. Des contraintes lourdes qui l’incitent à cesser la production.

Le bilan des Vosges et de la Meurthe-et-Moselle

« Depuis plusieurs années, la pression est importante dans ce secteur limitrophe de la Meurthe-et-Moselle, explique Dominique Candeau, conseiller en ovins à la chambre d’agriculture des Vosges. D’une année sur l’autre, le problème se décale d’un département à l’autre. »

Selon les données officielles, les attaques ont doublé en Meurthe-et-Moselle en 2019, passant de 62 en 2018 à 122 en 2019. Dans le même temps, la pression a baissé dans les Vosges, puisque 51 attaques ont été reconnues imputables à canis lupus en 2019, contre 80 en 2018.

Des soupçons autour des bovins

L’animal laisse de nombreux indices derrière lui. Des pièges photographiques datent précisément le moment de son passage. « Il emprunte toujours le même chemin, déclare Romain Bigeon. Beaucoup d’entre nous l’ont aperçu. Je le soupçonne d’affoler les bovins également. À quelques reprises, j’ai été alerté par des voisins parce que mon troupeau de vaches se trouvait sur la nationale alors qu’il n’était jamais sorti de son enclos auparavant. »

M.-F. M.