Si quelques points de divergences existent entre certains participants, tous (*) font le constat encore plus alarmant en 2018 de l’impact de la prédation sur l’élevage et les territoires et alertent sur l’urgence de la mise en place d’une nouvelle politique à l’égard du prédateur.

« Le loup est en train d’exclure l’élevage de plein air des paysages ruraux »

Pour Laurent Garde, du Centre d’études et de réalisations pastorales Alpes-Méditerrannée (Cerpam), « le loup est en train d’exclure l’élevage de plein air des paysages ruraux par trois mécanismes. Premièrement par la prédation, deuxièmement par les contraintes de protection du troupeau et troisièmement par l’hostilité des randonneurs aux chiens de protection ».

Pour le chercheur qui s’interroge sur son droit à tirer la sonnette d’alarme en tant que scientifique de l’élevage, il y a un problème de gouvernance à l’échelle européenne sur la question des grands prédateurs. « Une gouvernance qui vise à imposer coûte que coûte, les grands prédateurs dans le paysage d’élevage d’Europe, explique-t-il. Nous assistons à la faillite d’un modèle de protection stricte des grands prédateurs n’autorisant des tirs que dans des conditions dérogatoires. […] Si l’on veut que la ruralité européenne reste façonnée par l’élevage de plein air, il est temps de changer le mode de gouvernance. »

Le chercheur estime que l’éleveur doit être traité « en professionnel responsable et non pas en individu arriéré refusant la modernité du loup, qu’il faut contraindre par une conditionnalité punitive à appliquer dans de mauvaises conditions une protection de son troupeau sur des lieux ou à des moments intenables pour lui ou pour ceux qui fréquentent son espace de pâturage. »

Convaincus que la cohabitation de l’élevage avec les loups était possible, ils ont déchanté

Avant de s’installer à Ballons, dans la Drôme, en 2015, Yann Rudant et Claire Lapie étaient convaincus que la cohabitation de l’élevage avec les loups était possible. « Dès le début, nous avons pris des chiens de protection pour protéger nos 160 brebis, explique Yann Rudant. Mais dès la première attaque nous avons perdu 10 % du troupeau. Il a fallu ramasser les cadavres, les empiler, euthanasier les brebis qui souffraient. Nous sommes toujours très choqués de la violence », déclare le jeune éleveur.

« Dès la première attaque nous avons perdu 10 % du troupeau », explique Yann Rudant. © M.-F. Malterre/GFA

Leur désarroi vient aussi du fait qu’en dehors des collègues et voisins, ils n’ont pas obtenu l’aide des autorités et notamment de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). « Quand nous les avons appelés pour leur dire que les loups étaient toujours présents autour du troupeau, ils nous ont conseillé de rentrer les animaux en bergerie, mais nous ne nous sommes pas installés pour faire de l’élevage hors sol. » Aujourd’hui, les deux jeunes exploitants ont douze chiens de protection, leur travail autour du troupeau a considérablement augmenté. « Il faut 200 heures de travail par chien de protection, déclare Yann. Et notre vie de famille en pâtit énormément. »

« On sacrifie notre territoire pour des lobbys écologistes »

Étienne Serna, maire d’Aramits, dans les Pyrénées-Atlantiques, s’est associé par téléphone aux réflexions des Rencontres de la montagne. « On sacrifie notre territoire pour des lobbys écologistes sachant qu’ils ne rapportent absolument rien. Très peu d’élus étaient favorables à la réintroduction des ourses. On ne nous a pas écoutés. Nous avons été d’humiliation en humiliation. Au-delà des prédateurs, nous nous posons la question du rôle des petites communes comme la nôtre. Après la deuxième réintroduction, nous avons pris un coup de massue sur la tête. Ce projet des grands prédateurs est monté sur des mensonges et des contrevérités. »

Les députés et sénateurs, dont Patricia Morhet-Richaud, sénatrice des Hautes-Alpes, auteure de la résolution sur le pastoralisme, votée au Sénat la semaine dernière, étaient présents samedi. Beaucoup d’espoir repose sur ce texte, pour qu’il ne reste pas lettre morte.

Marie-France Malterre

(*) Élus et représentants agricoles de toutes étiquettes étaient présents.