« Quand un consommateur vient voir ce mode d’élevage, il continue à acheter », assure Bernard Tauzia, éleveur et céréalier à Campagne. Difficile de lui donner tort en voyant ses poulets cou-nu courir dans l’airial, à l’ombre des pins.

Au bout de 90 jours, lorsque les poulets partiront à l’abattoir, Bernard désinfectera la cabane, puis il la soulèvera avec son tracteur, avant de l’emmener sur un autre site. « Le cahier des charges impose un déplacement de 100 m », explique Bernard Tauzia.

Au fil des saisons

Le Gaec de Sébé possède 28 cabanes de 1 050 poulets chacune, réparties en deux lots. Chaque année, ce sont environ 100 000 poulets qui sont produits sur la ferme dans ces bâtiments mobiles, pour un chiffre d’affaires de 600 000 €.

« Nous avons un site pour chaque saison », poursuit Bernard Tauzia. Trente hectares de forêt et de lande sont mobilisés pour accueillir les cabanes sur l’ensemble des 135 hectares de l’exploitation. Le reste est affecté à la production de maïs et de légumes.

Besoin de main-d’œuvre

« C’est vraiment un élevage qui correspond aux attentes des consommateurs », répète Bernard Tauzia. Les éleveurs ne montent aucune clôture autour des cabanes, comme l’exige le cahier des charges. Les pertes sont de l’ordre de 4 % sur chaque bande, pour moitié de mortalité naturelle, et pour l’autre à cause des prédateurs.

« La principale contrainte, c’est le temps », indique Bernard Tauzia. Environ 3 jours sont nécessaires pour déplacer les 14 cabanes de chaque lot, une opération qui mobilise deux salariés.

L’alimentation, la gestion de la ventilation, ainsi que la surveillance mobilisent également les exploitants plusieurs heures par jour. « Rien n’est automatisé, et en été, lorsque les poulets sont grands, il faut donc aller deux fois par jour ouvrir et fermer les trappes », souligne Bernard.

La technique évolue, la valorisation demeure

« Mon fils s’est installé avec nous il y a un an, et il veut continuer à travailler avec les cabanes marensines. Nous allons simplement les moderniser », confie l’éleveur. Depuis les premières cabanes qu’il a connues, faites de quelques planches et entièrement démontables, les versions actuelles montrent en effet des progrès notables.

Châssis fixe, panneaux solaires, alimentation en eau par des pipettes, isolation de la toiture : les cabanes marensines s’achètent aux alentours de 10 000 € en 2019, un coût abordable si ce mode d’élevage est valorisé auprès des acheteurs.

« Nous avons un accord pour un poulet à 1,8 € le kilo. Mais nous estimons au niveau du label que si le poulet se retrouve à 6 € du kilo en rayon tout le monde y trouve son compte », explique Bernard Tauzia. Un prix modeste pour des animaux élevés en totale liberté, au cœur de la plus grande forêt d’Europe.

Ivan Logvenoff