« Aujourd’hui, nous [producteurs de volailles rurales] ne sommes pas reconnus par les fonds de la Pac, politique agricole commune », a introduit Carlos Terraz, lors d’un webinaire organisé le 3 février 2021 par l’Association européenne des volailles rurales, ERPA, dont il est le président. Les acteurs de cette filière se considèrent pourtant au cœur du pacte vert européen.

Un mode d’élevage durable

« Les volailles rurales sont de plus en plus nombreuses », a rajouté Carlos Terraz. Ces productions, de viande ou d’œufs, ont toutes en commun un mode d’élevage extensif en plein air, avec des souches adaptées, rustiques et à croissance lente. Les exploitations sont à taille limitée, souvent familiales. Les produits finis sont souvent commercialisés sous différents signes de qualité et/ou en circuits cours.

Pour le président de l’ERPA, ce mode d’élevage offre un haut niveau de bien-être aux volailles, dans le respect de l’environnement, et une juste rémunération aux producteurs.

« Le secteur européen des volailles rurales est intensif en termes de création d’emplois tout en étant respectueux de l’environnement et en jouant un rôle clé dans l’approvisionnement en produits locaux et de qualité », a complété l’eurodéputé Benoît Lutgen.

Des émissions de GES limitées

Le secteur des volailles rurales représente une faible part des émissions de gaz à effet de serre, GES, au sein des émissions du secteur agricole, estime l’association. Le développement de l’agroforesterie, avec l’utilisation de parcours arborés y est pour quelque chose, selon Alexandre Parizel, membre de l’Association française d’agroforesterie.

La diversité des parcours aménagés, qui peuvent intégrer arbres, bosquets, haies ou encore des vergers par exemple, apportent un certain nombre de bénéfices : amélioration de la biodiversité, limitation de l’érosion des sols, stockage de carbone, recyclage des nutriments présents dans les déjections animales, et réchauffement des bâtiments l’hiver, a notamment cité Alexandre Parizel.

Un label « bien-être » en discussion

Un label sur le bien-être, permettant de « guider les consommateurs européens à choisir des produits issus d’animaux élevés dans le respect du bien-être animal, est actuellement en discussion au sein des instances européennes, a déclaré l’ERPA. L’ensemble des intervenants a toutefois souligné la difficulté de sélectionner les critères de cet « étiquetage bien-être » pour rester en cohérence avec les systèmes actuels de production.

Un tel système « devra être obligatoire, basé sur les types d’élevage définis dans les normes de commercialisation de l’Union européenne, et devra s’appliquer à l’ensemble de la production européenne de volailles », selon Carlos Terraz. « Si les produits importés ne bénéficient pas d’étiquetage, c’est déjà un étiquetage », a rajouté Benoît Lutgen.

L’eurodéputé Norbert Lins, président de la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen, a mentionné que « les coûts ne devraient pas être uniquement supportés par les agriculteurs, mais par tous les acteurs de la filière et les consommateurs ».

Benoît Lutgen a rapidement abordé la question des produits transformés, qui représentent une part important pour la volaille, et qui devraient, de fait, être pris en compte.

Une des priorités de l’Union européenne

« La production alternative de volailles contribue pleinement à des systèmes alimentaires durables et s’inscrit donc parfaitement dans les priorités actuelles de l’Union européenne », a répondu Maciej Golubiewski, chef de cabinet de Janusz Wojciechowski, commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural.

Le chef de cabinet a également précisé que différents outils seraient disponibles dans le cadre de la stratégie « de la ferme à la fourchette », comme « des normes sur le bien-être animal qui devront être respectées ».

Benoît Lutgen a précisé que l’ensemble des traités commerciaux internationaux devraient tenir compte de ces éléments : « Il est impossible d’avoir des exigences européennes plus élevées que les exigences envers les productions que nous importons des pays tiers. »

Raphaëlle Borget