La peste porcine africaine, inoffensive pour les humains mais fatale pour les porcs, a été retrouvée à la fin de la semaine dernière sur la carcasse d’un sanglier, en Allemagne à la frontière polonaise, dans la région du Brandebourg (est).

17 % de la viande porcine allemande est exportée en Chine

Depuis, la Chine, la Corée, et le Japon ont annoncé ne plus vouloir du porc allemand. La fermeture de ces marchés, qui représentent près d’un quart des exportations allemandes de porc, est une « source de grande inquiétude » pour les éleveurs allemands, a souligné ce lundi 14 septembre 2020 le syndicat agricole DBV.

L’Allemagne produit près de 5 millions de tonnes de cette viande chaque année, dont la moitié destinée au marché étranger. La Chine est son plus gros débouché, en dehors de l’Union européenne, qui représente à elle seule 17 % de ses exportations.

Un chiffre qui a bondi de près de 70 % entre 2018 et 2019, la Chine ayant été contrainte de compenser la chute de sa production nationale, elle-même décimée par la peste porcine africaine. La Corée du Sud représente, quant à elle, 4 % des exportations allemandes de cette viande et le Japon, 3 %.

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Les Allemands méfiants vis-à-vis de la viande

Le manque à gagner pourrait se compter en milliards d’euros si la suspension se prolongeait, avertit la DBV. Un coup dur pour la filière déjà mal en point en raison de la méfiance de plus en plus grande des Allemands vis-à-vis de ses méthodes : les conditions de vie des animaux dans les élevages intensifs font l’objet de critiques grandissantes.

Par ailleurs, les nombreux cas d’infection au nouveau coronavirus dans les abattoirs ont mis en lumière les mauvaises conditions de travail de leurs salariés. La consommation de viande a chuté de 2,3 % entre 2018 et 2019 dans le pays.

Négocier une régionalisation

Pour éviter la déroute économique, les organisations d’éleveurs demandent au gouvernement de négocier afin que « les régions non concernées par la maladie puissent continuer à exporter », a déclaré à l’AFP Bernhard Krüsken, secrétaire général de la DBV.

« Nous sommes en discussion avec ces pays », a de son côté indiqué lundi une porte-parole du ministère allemand de l’Agriculture, lors d’une conférence de presse, qualifiant la position de la Chine de « très dure », d’autant « qu’aucun autre cas » de peste porcine n’a été détecté depuis jeudi dans le pays.

« Il convient également de souligner que la population de porcs domestiques en Allemagne n’est pas touchée » par la maladie, a insisté de son côté un porte-parole du ministère allemand de l’agriculture auprès de l’AFP.

Le sujet pourrait être abordé lors de la visioconférence réunissant ce lundi les chefs de l’Union européenne et le président chinois Xi Jinping, dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre les deux puissances.

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Une menace latente depuis plusieurs années

L’Allemagne est depuis plusieurs années sous la menace de la peste porcine africaine. Depuis 2014, la maladie s’est en effet propagée dans les pays de l’Est (Lettonie, Lituanie, Pologne, Serbie, Ukraine, Moldavie, Slovaquie, Roumanie), y faisant des ravages dans les populations porcines, aux portes du pays.

Des cas avaient aussi été découverts en 2018 en Belgique, prenant l’Allemagne en tenaille. Des mesures draconiennes ont été prises ces derniers mois par Berlin, comme l’utilisation de chiens renifleurs formés à dénicher les sangliers décédés ou encore de drones.

Berlin a même été jusqu’à ériger une clôture électrifiée sur plus de 100 kilomètres à sa frontière avec la Pologne, pour empêcher des sangliers infectés d’entrer en Allemagne. La découverte de la carcasse de sanglier infectée dans le Brandebourg devrait entraîner l’interdiction temporaire pour les exploitations de cette région d’exporter leurs porcs. Les 170 exploitations de cette région accueillent à elles seules quelque 750 000 porcs.

AFP