Des métiers « trop physiques », « trop compliqués » pour des femmes ? En tout cas pas pour Marie-Sophie Pretot et Véronique Luddeni. L’une est pareuse dans la Haute-Saône depuis 2012, l’autre vétérinaire dans le massif du Mercantour depuis 1993. Toutes deux exercent des métiers de passion, intimement liés à nos élevages, et dans lesquels la gent féminine est peu représentée.

« Sur environs 300 pareurs en France, il y a une trentaine de femmes », dénombre Marie-Sophie Pretot. Même constat pour les vétérinaires des exploitations agricoles. Et Véronique et Marie-Sophie le reconnaissent, il y a eu certains a priori au moment de leur installation.

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« On a essayé de m’en dissuader »

« À mon époque, on m’a évidemment dit que c’était trop physique, pas compatible avec la maternité, que les éleveurs étaient machos et que ça allait être compliqué », se rappelle Véronique. Même chose pour Marie-Sophie : « Au début, on a un peu essayé de m’en dissuader. Mais je me suis battue pour faire une formation, et j’y ai rencontré un formateur qui m’a encouragée. »

L’opinion extérieure n’a pas ébranlé leurs convictions. Les deux femmes rêvaient du contact avec les animaux, d’un métier plein de sens, qui les rendrait utiles. « Et dans la réalité, les éleveurs ne sont pas machos, corrige Véronique. Ils n’avaient juste pas l’habitude de voir des femmes exercer ces métiers. »

« Il a fallu en faire plus pour faire mes preuves »

« Quand je me suis installée, j’ai vraiment eu la sensation que je devais en faire plus pour faire mes preuves, se souvient Véronique. Je devais être plus professionnelle, plus technique. Je me souviens de la première césarienne chez un éleveur que je côtoyais depuis environ 9 mois : il avait appelé quasiment toute sa famille et les éleveurs d’à côté pour venir me voir faire. À la fin de l’opération, il m’a dit “Ah oui, vous êtes une vraie vétérinaire”. Ça y est, j’étais adoubée. »

Véronique Luddeni accorde une grande importance à son activité de vétérinaire en exploitations agricoles. © Véronique Luddeni

« Au début, les éleveurs étaient souvent surpris, peut-être un peu méfiants. Dans leur esprit, une femme allait moins vite. Elle était moins efficace, avait moins de force, estime Marie-Sophie. Certes, c’est physique, mais avec la technique, on y arrive aussi bien. C’est juste une autre façon de travailler. »

Toutes deux sont d’accord : les relations avec les éleveurs sont très bonnes. « On a fait nos marques au début, ils ont compris qu’on était à la hauteur », s’amuse Véronique. « Il y a encore certains a priori, c’est vrai, mais surtout chez les anciennes générations », remarquent-elles.

« Les éleveurs sont très attentionnés »

Marie-Sophie et Véronique se sentent toutes deux très bien accueillies et traitées avec bienveillance. « Souvent, les éleveurs m’aident à ranger, à porter des choses… Ils sont très attentionnés », raconte la pareuse.

« Je ne voyais pas ça avec les vétérinaires hommes avec qui je faisais mes stages, ajoute Véronique. Ce n’est pas qu’ils nous sentent faibles, c’est qu’il y a du respect, de la reconnaissance, une sorte d’élégance à la française ! »

« On a ouvert la voie » aux nouvelles recrues

« C’est un métier physique c’est sûr, mais on a des outils et des techniques qui aident à travailler. Une femme a tout à fait sa place, juge Marie-Sophie. On est une soixantaine d’adhérents au sein de l’Association nationale des pédicures bovins, ANPB, mais seulement trois femmes. Et je suis la seule au conseil d’administration. »

Ces professions se féminisent, petit à petit. Mais dans un cas comme dans l’autre, le peu de femmes en exercice est souvent « salarié de grosses structures masculines. Peu sont à leur compte, mais les choses évoluent. On a ouvert la voie », relèvent Marie-Sophie et Véronique.

« La maternité ne doit pas être un frein à l’installation »

Pour Véronique, le frein à l’installation, c’est aussi la pénurie de professionnels dans ces régions rurales. Car chez les vétérinaires comme chez les pareurs, la main-d’œuvre manque. « Il va falloir trouver un moyen pour redonner de l’attractivité au territoire, renforcer le maillage vétérinaire et ainsi alléger la charge de travail qui peut faire peur. »

« Maintenant il y a de plus en plus de femmes, constate Véronique. Elles feront toujours face à cette dualité entre travail et famille. Mais la maternité ne doit pas être un frein à l’installation. C’est un challenge incroyable. J’espère que pour ces jeunes générations, il n’y aura plus ce besoin d’en faire trop. Moi je me sens comme la génération charnière. »

Raphaëlle Borget