« Depuis novembre dernier, nous savons que la situation est compliquée sur le plan international, détaille Guillaume Roué. Qu’on arriverait très probablement dans les mois qui viennent à une rupture entre l’offre et la demande, compte tenu de cette situation sanitaire [en Asie avec la peste porcine africaine, NDLR]. Mais la filière porcine est comme saint Thomas. Elle ne croit que ce qu’elle voit. »

« La filière est comme saint Thomas »

Bilan, dans les négociations commerciales de février, qui concernent notamment les produits transformés, « il ne s’est rien passé. Chacun avait en tête la petite musique que ça allait changer, mais comme l’offre était toujours présente et que la demande n’était pas beaucoup supérieure, et bien les négociations se sont passées entre –1 % et +1 % suivant la capacité des uns et des autres à négocier. »

Et, ces négociations se déroulent au plus mauvais moment, celui où le prix du porc à la production est au plus bas. « Le résultat des courses aujourd’hui, il est dramatique, reprend Guillaume Roué. Les prix ont augmenté de manière sensible en un espace très court. D’habitude, il y a un peu de temps pour amortir cette hausse des prix, mais là les mécaniques contractuelles sont telles qu’il ne peut pas y avoir de révision de prix en l’espace d’un mois. »

« Une menace extrêmement forte pour l’emploi »

Le président de l’interprofession estime que cette situation pourrait être lourde de conséquences. « Ce qui en train de se passer actuellement, je vous le dis, est une menace extrêmement forte sur l’emploi et le capital de nos PME française puisque la situation actuelle risque d’entraîner des déficits importants chez les salaisonniers. Il est essentiel qu’en l’état actuel des choses puisse s’engager une renégociation de ces contrats [annuels, NDLR] dans une situation exceptionnelle. »

Pour les abattoirs, le président d’Inaporc estime la situation différente puisque les prix sont négociés à la semaine. Il ne doute pas non plus que la hausse des cours n’est pas terminée. « Je suis persuadé que nous ne sommes qu’au premier étage de la fusée. Quand la rupture va être vraiment consommée notamment en Asie, on va assister de nouveau à une augmentation assez importante du prix du cochon sur le marché du fait de la demande chinoise et asiatique. »

Des distributeurs à l’écoute

Guillaume Roué a toutefois souligné que les distributeurs semblaient conscients du problème. « La FCD a communiqué appelant ses adhérents à être attentif à la situation très particulière du marché aujourd’hui, rapporte-t-il. Ils ont compris la situation. Les autres distributeurs ont des approches différentes à ce stade, mais les deux indépendants [Leclerc et Intermarché, NDLR] sont aussi largement investis dans l’aval de la filière et ont donc le même problème à gérer. »

Il reste à savoir comment gérer cette situation sans fragiliser la consommation. « Sortie élevage, nous sommes à 1,50 €, précise Guillaume Roué. Sortie abattoir à 2,50 €, sortie transformation à 5 € et à 10 € sortie distributeur. Si demain le prix élevage sort à 2 € ou un peu plus et si les ratios sont appliqués de la même manière, on va au mur de la consommation en deux temps trois mouvements. »

E.R.