Impulser le mouvement de la filière de la biométhanisation, tel est l’objectif de la note qui sera remise à Nicolas Hulot et Sébastien Lecornu par La Fabrique écologique et le président du groupe de travail Patrice Geoffron, professeur à l’université Dauphine. Cette note, issue d’un groupe de travail réuni par La Fabrique écologique entre mars 2017 et février 2018, a notamment été signée par la FNSEA, l’Ademe, NégaWatt, GRDF et GRTgaz.

Un bilan mitigé

Malgré les nombreux avantages du biogaz, comme son large panel d’usages (chauffage, électricité, transport…) et son faible impact environnemental (absence de polluants locaux, de particules fines et valorisation de déchets), celui-ci reste en queue de peloton dans la course aux énergies renouvelables.

L’importante économie circulaire qu’il permet de développer autour de chaque site (on parle de 3 000 emplois pour la seule filière du biométhane à l’horizon de 2030) ne suffit pas non plus à accélérer son essor. « Les régions manque d’outils et le manque de flux financiers et humains ce fait sentir », dénonce Patrice Geoffron.

D’autres freins évoqués

L’afflux de gaz d’origine fossile ralentit l’urgence du besoin en gaz naturel et donc la filière entière. Le consensus français, qui limite le recours à des cultures en concurrence avec l’alimentation humaine à 15 % pour la production de biogaz, permet de développer un modèle de méthanisation spécifique, mais contraint à rechercher d’autres intrants.

Les blocages sont aussi financiers et administratifs. Patrice Geoffron parle « d’un véritable parcours du combattant et de véritables moments de solitudes pour les porteurs de projets » à propos de la difficulté à obtenir un accompagnement et des accords de financement. C’est localement qu’un autre problème apparaît car le processus est ralenti par de fréquentes oppositions de riverains.

La région au cœur du processus

Le groupe de travail présentera donc à Nicolas Hulot et Sébastien Lecornu ses idées pour atteindre cet objectif. Dans un premier temps, il apparaît nécessaire d’impliquer davantage les collectivités locales. Ces dernières, premières bénéficiaires de l’économie circulaire engendrée, doivent être poussées à accompagner les agriculteurs dans leurs démarches administratives et financières, par exemple en mettant sous l’autorité du préfet régional l’anticipation, le développement, l’identification des ressources et la coordination entre les parties prenantes du projet. Ainsi, le porteur de projet serait face à un interlocuteur unique, accélérant chaque étape, facilitant les démarches et améliorant la communication.

« Une exonération de taxe foncière pour les sites de production de biométhane, ne serait-ce que temporaire, pourrait aussi être un levier important », propose Patrice Geoffron. Un observatoire des ressources peut également être mis en place à l’échelle régionale afin de ne pas laisser échapper des flux de déchets organiques qui pourraient être utilisés sur les unités.

Desserrer les exigences sur le plan financier et réglementaire

Pour permettre le décollage, faciliter l’accès aux crédits bancaires, systèmes de garantie, tarifs et mesures de soutien semble, d’après la note, nécessaire au même titre que la diminution des délais, et la simplification des procédures.

« Former les agriculteurs porteurs de projets est également primordial selon Patrice Geoffron. Ils doivent comprendre que plus le projet est présenté en amont plus il a de chance d’être accepté localement. »

Le niveau national pour les sujets de fond

Les questions de fond d’agronomie, d’environnement, sociologiques et économiques devront être traitées au niveau national et ouvertes à la société. Sur le plan local, les collectivités doivent rester animatrices des concertations entre les riverains et les porteurs de projets.

« Rendre accessibles les aides et les soutiens à la biométhanisation aux agriculteurs au sens large et non pas aux seules entreprises agricoles aux fortes capacités d’investissement » est un point essentiel de la diffusion de la méthanisation, d’après le président du groupe de réflexion.

La Fabrique écologique espère que la synthèse des difficultés du secteur et des propositions suggérées dans sa note signée par d’importants acteurs de la filière seront prises en compte et aideront à l’accélération vers l’atteinte des objectifs.

Loris Coassin