Ils sont les pionniers de la méthanisation en France et pourtant, leur solution technique n’est plus prioritaire. Eux, ce sont les agriculteurs qui se sont lancés dans la production de biogaz il y a une dizaine d’années, lorsque la seule solution possible était la cogénération, c’est-à-dire la production d’électricité et de chaleur à partir du méthane obtenu dans le digesteur. Mais depuis, l’injection dans le réseau et la valorisation du bioGNV se sont développées.

Les intentions de l’État

Lors de la mission d’information sur les freins à la transmission énergétique de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, qui s’est tenue le 24 janvier 2019, Anne-Florie Coron, sous-directrice de la sécurité d’approvisionnement et des nouveaux produits énergétiques, en charge du biométhane, à la direction générale de l’Énergie et du climat a été très claire sur les intentions de l’État concernant la méthanisation.

« Nous voulons donner la priorité aux installations de biogaz qui injectent dans le réseau et à celles qui fournissent du bioGNV, explique-t-elle. La production d’électricité par cogénération devra être réservée aux seules situations où les deux autres solutions ne sont pas possibles, par manque d’infrastructure. » Et d’ajouter que la prochaine PPE, Programmation pluriannuelle de l’énergie, prévoit entre 35 et 55 % de biogaz injecté en 2028.

Une réserve stockable et prévisible d’électricité

Francis Claudepierre, président des Agriculteurs-méthaniseurs de France est l’un des premiers éleveurs français à s’être lancé dans la cogénération. Il s’inquiète du désamour des pouvoirs publics à l’égard de la production d’électricité à partir du biogaz. « Contrairement à d’autres modes de production d’électricité verte comme l’éolien et le photovoltaïque, nous offrons une possibilité de stocker et réguler la production d’électricité, en stockant le méthane. »

« Contrairement aux infrastructures de transport du gaz, le réseau Enedis arrive dans toutes les exploitations, même les plus isolées, ajoute Francis Claudepierre. Je trouve que ça a du sens de traiter la matière première sur place, plutôt que de l’emmener à 20 kilomètres pour faire de l’injection ou fournir une station de bioGNV. Il y a de la place pour des petites unités de méthanisation de cogénération dans les exploitations françaises. »

Corinne Le Gall