« Alors que la méthanisation est essentiellement agricole, parmi les 15 mesures annoncées, seules 3 d’entre elles concernent l’agriculture », critique l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF), mercredi dans un communiqué. C’est dire si les mesures peuvent être jugées comme insuffisantes. La déception est à la hauteur du rôle pris par l’AAMF qui était intégrée au groupe de travail national. Ce dernier travaillait depuis deux mois sur des propositions de mesures devant accompagner le développement de la filière. Le gouvernement a arbitré lundi 26 mars et sélectionné 15 d’entre elles.

Peu de mesures retenues

Comme la FNSEA et le SER avant elle, l’AAMF donne certes d’un côté des motifs de satisfaction. Il s’agit essentiellement de mesures incitant à une professionnalisation de la filière avec des plans de formation ainsi que la mise en place d’une charte des bonnes pratiques, par ailleurs déjà écrite par l’AAMF. Ensuite, l’association se félicite des adaptations réglementaires qui pourront être prises pour permettre aux engins agricoles de rouler au bio-GNV. Elle reconnaît enfin l’intérêt des mécanismes de garantie des prêts bancaires par la BPI.

Avoir la maîtrise du traitement des boues

Mais d’un autre côté, l’AAMF considère que plusieurs mesures ne serviront pas les intérêts de l’agriculture. Comme pour la FNSEA, le point noir est la proposition visant à rendre possibles les mélanges d’intrants comme les boues de stations d’épuration et les biodéchets. L’AAMF prévient qu’elle participera activement aux travaux sur le sujet ; un groupe de travail sera chargé de la question.

« Les agriculteurs méthaniseurs sont capables de répondre aux enjeux de la valorisation et du retour au sol des biodéchets et des boues urbaines, écrit l’association dans un communiqué publié ce mercredi 28 mars. Les collectivités locales doivent s’appuyer sur la méthanisation agricole pour respecter une logique d’économie circulaire et de sécurité sanitaire. Nous restons attachés à une réglementation ferme qui garantit un épandage des digestats fiable, gage d’une production alimentaire de qualité. »

Contre la sortie du statut de déchet du digestat

« Nous sommes fermement opposés à la sortie du digestat du statut de déchet », affirme l’AAMF. « Le retour au sol du digestat doit rester lié au mécanisme du plan d’épandage avec des assouplissements facilitant les échanges de matière entre agriculteurs. La sortie du digestat du statut de déchet présente de trop gros risques sanitaires. »

Finalement, en émettant toutes ces réserves sur les boues ou sur le statut de déchet, les agriculteurs semblent surtout craindre de voir s’échapper la maîtrise du type d’intrant qui pourrait atterrir sur leurs parcelles. Et ainsi de ne plus avoir la main sur leurs propres plans d’épandage. D’autant qu’à l’image de la concurrence sur la ressource méthanisable, une concurrence pourrait apparaître sur les surfaces d’épandage.

Nécessité des aides

Sur le plan économique, l’AAMF rappelle l’inadaptation des mécanismes d’appels d’offres au monde agricole, « que ce soit pour le bio-GNV ou pour le biogaz porté ». L’association rappelle la nécessité des aides à l’investissement, les agriculteurs ne disposant pas « des fonds propres nécessaires à l’autofinancement des projets de méthanisation car endettés à court terme ». Elle constate à ce propos qu’à la fin de mars, plusieurs Régions ont consommé les enveloppes de 2018 affectées de l’Ademe. Elle propose qu’une ligne directrice nationale régisse l’attribution des aides « pour corriger les distorsions régionales ».

Vincent Gobert