Au salon Biogaz Europe, qui se déroule à Nantes ces 7 et 8 février 2018, le groupe de travail national sur la méthanisation est dans toutes les pensées. Il faut dire que l’attente de la filière est grande. De nombreux projets vivotent et le décollage tant espéré n’a jamais vraiment eu lieu. Alors, à l’image de l’action entreprise pour l’éolien, le ministère de la Transition écologique a lancé les réflexions du groupe de travail national jeudi 1er février. Cinq thèmes sont particulièrement abordés et les acteurs de la filière donnent tour à tour leur contribution.

  1. Évolution des soutiens publics

    Deux forces s’opposent. La CRE (Commission de régulation de l’énergie), d’une part, qui souhaite alléger le soutien public pour diminuer la CSPE (contribution au service public de l’électricité) payée par les clients finaux. D’autre part, les agriculteurs souhaitent sanctuariser le soutien existant, « pour 5 ans ou le temps de voir naître 1 000 à 1 500 méthaniseurs », selon Bertrand Guerin, vice-président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF).
    « On a quelque chose de bien, qu’il ne faut pas détricoter », estime-t-il. Par ailleurs, l’AAMF demande le maintien des 17 milliards d’euros destinés à la transition énergétique. « Nous avons besoin de subventions car nos apports sont limités », prévient l’association. La formation est aussi intégrée. L’AAMF demande la constitution d’un réseau en direction des jeunes, 5 centres en France proposant 100 places dès la rentrée 2018-2019.

  2. Financement des installations

    Plusieurs sujets sont au chapitre, et le secteur bancaire se retrouve au centre des débats. Si aucun stand du Crédit agricole ou du Crédit mutuel n’est présent au salon Biogaz Europe, une représentante de la première banque agricole était sur un forum présentant les clés de présentation des projets de méthanisation aux banques. C’est tout pour la participation « visible » des banques au groupe de travail.
    Du côté de l’AAMF, les adhérents demandent une initiative publique de réunion des banques afin de les sensibiliser sur une communication positive. Les agriculteurs font aussi état du besoin de constitution de pools bancaires dans les projets pour le partage des risques. « Un mécanisme de prêt subordonné avec la Banque publique d’investissement (BPI) peut aussi être étudié, signale-t-on du côté de l’AAMF. Un outil de garantie financière des prêts pourrait enfin être trouvé avec la BPI. »

  3. Simplification des règles

    Comme pour l’éolien, les contentieux allongent considérablement la durée de mise en place des projets. Et comme pour l’éolien, la demande est forte de raccourcir les délais, en supprimant par exemple pour la méthanisation aussi, la première étape devant la cour administrative.

  4. Raccordement des installations

    Les 40 % d’aides allouées sont unanimement applaudies. Mais en cogénération, le temps écoulé entre l’envoi du dossier et le raccordement sur le réseau électrique est largement dénoncé. « Cela peut prendre 14 à 16 mois, décrit-on du côté de l’AAMF. Nous voudrions que cela soit ficelé en 6 mois. Pour cela, nous avons besoin d’une vraie volonté, et d’une direction forte donnée par le gouvernement. »

  5. La mobilité et le bio-GNV

    Il s’agit d’un levier potentiellement important pour la valorisation du biométhane, voire du gaz excédentaire produit en cogénération. L’AAMF estime ainsi que les territoires pourraient jouer un rôle décisif, en optant pour des équipements roulant au bio-GNV : camions-poubelles, bus, camions laitiers, transport de marchandises régional… Du côté des adhérents, on s’engage à équiper 300 fermes d’ici à 2022, avec usage de tracteur roulant au biométhane.
    Mais là se trouve un autre grain de sable. Les constructeurs les plus avancés, tels Valtra ou New Holland, ne semblent pour l’heure pas prêts à lancer des séries. « Nous demandons donc au gouvernement de réunir les constructeurs comme Manitou, Bobcat et autres pour ouvrir des discussions sur ce sujet », précise Bertrand Guerin. En parallèle, le gouvernement prépare une grande loi mobilité pour le mois de mars.

Valeur ajoutée

Plus généralement et non sans moindre importance, les adhérents de l’AAMF plaident pour que la valeur ajoutée créée par l’activité profite à l’amont de la filière, c’est-à-dire aux agriculteurs producteurs, et ne leur échappe pas au profit de l’aval, c’est-à-dire aux industriels de l’énergie. Réunis lors de deux journées de rencontres juste avant le salon Biogaz Europe, ils se montrent plus généralement préoccupés par les questions liant la méthanisation et l’activité de l’exploitation agricole. Ils souhaitent notamment mettre en garde sur l’autonomie de l’activité pour ne pas être en situation de dépendance et sur le retour au sol. Ils plaident pour cela pour l’utilisation des CIVE (cultures intermédiaires à vocation énergétique) et pour de nouvelles règles de valorisation des digestats.

Enfin, l’AAMF demande un nouveau plan de communication « positif » au gouvernement, qui pourrait s’appeler le « plan agri-méthane ». « Pour nous, le plan EMAA (énergie méthanisation autonomie azote) est mort, il en faut un autre. Ce serait l’occasion de remettre les objectifs en ligne. »

Vincent Gobert