« L’antibiorésistance est un fléau mondial », a rappelé en préambule le directeur adjoint de l’OIE, le 16 novembre 2016 à Paris, lors des rencontres scientifiques sur l’antibiorésistance organisées par l’Anses. « Préserver l’arsenal thérapeutique est un enjeu majeur », a renchéri Roger Genet, le directeur général de l’Anses. Tout comme le sont les enjeux de contamination environnementale, et de transmission interespèce.

L’Europe a pleinement conscience de l’enjeu, et possède une réglementation européenne dans cet esprit : « One Health » – une seule santé, les santés humaine et animale étant liées. Parmi les États membres, la France fait partie des bons élèves, en particulier grâce à son plan EcoAntibio, qui fixe une réduction de l’utilisation des molécules critiques de 25 % en cinq ans (2012-2017). Quand il existe une politique volontariste, les résultats sont tangibles, et l’objectif du plan est en passe d’être atteint.

Des ventes en fort recul

Gérard Moulin, de l’ANMV (Agence nationale du médicament vétérinaire), a présenté l’évolution des ventes d’antibiotiques pour les animaux de rente et de compagnie. Elles se sont élevées à 514 tonnes en 2015. Elles s’établissent à 615 tonnes en moyenne sur les deux années 2014 et 2015 (1). C’est le plus faible tonnage enregistré depuis le début du suivi, en 1999 (il était alors de 1 311 tonnes), en baisse de 28,4 % par rapport à 2011, et de 50 % par rapport à 1999.

L’exposition aux antibiotiques rapporte les quantités et durées d’exposition à la masse de population potentiellement traitée. Cet indicateur « permet de traduire les différences d’activité » et de posologie des molécules. Il est également en recul : en 2014-2015, l’exposition globale a diminué de 20 % par rapport à 2011 (et de 13 % par rapport à 1999), et ce, pour toutes les espèces : –9,5 % pour les bovins, –24 % pour les porcs, –22 % pour les volailles, –18 % pour les lapins et –9,5 % pour les chats et chiens.

L’exposition a aussi diminué

Grâce Résapath, le réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales, 41 000 antibiogrammes ont été réalisés en 2015 afin de mesurer les résistances aux molécules critiques. L’exposition a fortement diminué chez les bovins (–21 % par rapport à 2013) et les porcs (–45 % par rapport à 2013), permettant un recul des phénomènes de résistance.

La résistance aux céphalosporines recule depuis plusieurs années. Les taux de résistance les plus élevés concernent les équins et les veaux (respectivement 6 et 7 %). « Il existe des marges de progrès chez les veaux », souligne Jean-Yves Madec, qui rappelle l’impact de la distribution de lait écarté de la collecte pour cause de délai d’attente après un traitement, mais qui est distribué aux veaux, favorisant l’apparition de résistances microbiennes.

Concernant les fluoroquinolones, l’exposition a également été réduite fortement ces dernières années (–22 % en 2014-2015 par rapport à 2013). Le recul est de 24 % chez les bovins et les porcs, et de 15 % chez les volailles. Le taux de résistance varie plus largement en fonction des espèces : il est supérieur à 20 % chez les bovins et d’environ 10 % chez les porcs.

L’exposition à la colistine a quant à elle reculé de 25 % par rapport à 2011. Une bonne nouvelle, alors que la découverte en Chine de cas de résistance humains à la colistine il y a quelques mois, a affolé la communauté scientifique, d’autant que cette molécule n’était pas utilisée en médecine humaine dans ce pays. Le classement de la colistine dans la liste des antibiotiques critiques est à l’étude.

Mais l’effort ne doit pas porter uniquement sur les molécules sensibles, rappellent les intervenants de la journée. Il est important de réduire la consommation de l’ensemble des antibiotiques, car il s’avère que les résistances sont liées les unes aux autres, avec des bactéries multirésistantes. Néanmoins, les taux de résistance sont en recul, quoiqu’encore à des niveaux élevés, selon les espèces animales, bactéries et les molécules considérées.

E.C.

(1) La moyenne sur ces deux années corrige un biais lié à l’interdiction des ristournes et promotions sur les ventes à partir du 1er janvier 2015 : il y a eu une hausse des achats en 2014, et surstockage des médicaments, avant l’interdiction de cette pratique en 2015.