« Les groupements de producteurs et le syndicalisme de l’amont, structurés tel un mille-feuille et présents à tous les stades de production n’ont pas changé de millénaire. » Le ton est donné. Dans un communiqué diffusé ce mardi 24 novembre 2020, Culture Viande tire tous azimuts sur le secteur porcin, décrivant la filière comme « déséquilibrée et désarticulée où tous les acteurs jouent plus ou moins en solo ».

Pour le syndicat de l’abattage-découpe, « le recul de la France dans le concert européen est confirmé. La charcuterie-salaison se délite et l’amont se refuse à regarder sérieusement les réalités du moment : risques sanitaires, bientraitance animale, qualité des viandes… » Culture Viande n’oublie pas les acteurs de la grande distribution, qui « voient les volumes de ventes de viande de porc baisser mais les marges sur tous les produits transformés restent ultra-confortables ».

« On joue avec le feu »

S’agissant de l’amont, le syndicat des abatteurs estime que « les producteurs et le syndicalisme sont coincés entre un Marché du porc breton (MPB) qui ne représente plus grand-chose et des dégagements d’animaux à vil prix qui reviennent en France en jambon désossé à prix cassés ».

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Au sujet du bien-être animal, Culture Viande estime que cela « bouge trop lentement », déplore des « polémiques non plus de fond mais de forme », et avance qu’une porcherie sur trois ne respecte pas la réglementation relative à « l’accès à l’eau, lumière, et objets manipulables ».

Sur le volet sanitaire, le syndicat avance que « la biosécurité reste une urgence non reconnue par trop d’éleveurs et insuffisamment imposée par les organisations de producteurs qui restent en mode concurrence/surenchère. » « Là encore, on joue avec le feu », insiste Culture Viande.

Des indicateurs « ringards »

À l’aval, la gamme de poids et l’équation maigre sont montrées du doigt. Pour Culture Viande, ils « restent les seuls indicateurs d’une grille de plus-value indexée au prix unique du MPB. C’est aussi ringard au vu des technologies actuelles pour mesurer la qualité des viandes que pénalisant pour les bons producteurs (choix génétiques, alimentation, conduite d’élevage…). »

Le syndicat reproche aux salaisonniers et aux distributeurs de dévaloriser les viandes exsudatives, bicolores, dégénérées, odorantes et à mauvais pH, « sans que l’abatteur-découpeur en obtienne compensation, sauf à boycotter l’éleveur identifié. Et dire que certains partent en croisade pour faire bonifier le prix du mâle entier », appuie Culture Viande.

Dans sa fronde, le syndicat admet toutefois une « concentration » des industriels et que « les leaders industriels, avec force, investissent et étouffent plus ou moins les découpeurs régionaux ».

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Vincent Guyot