C’est un sursaut des prix qui a été observé cette semaine sur la plupart des commodités agricoles, le soja en tête, qui a tiré les autres graines vers le haut ainsi que le maïs et le blé.

Les prix ont ainsi réagi aux discussions du week-end dernier (lors du G20) entre les USA et la Chine qui laissaient entendre qu’une possible décrispation entre les deux pays était envisageable. La Chine a déclaré qu’elle re-importerait des quantités de produits agricoles US prochainement mais ne s’est pas prononcée sur une éventuelle suppression des taxes importantes qu’elle applique, sur le soja notamment.

Cette annonce a donc exercé un effet haussier sur les prix des céréales et des oléagineux au début de la semaine mais celui-ci s’est partiellement estompé à la fin de la semaine en l’absence d’éléments concrets pour illustrer cette détente d’une part, faisant suite à l’arrestation sur ordre de Washington d’une des dirigeantes financières de la firme chinoise Huawei Technologies d’autre part.

Net frémissement mondial du blé

Ce sursaut reste visible aujourd’hui sur les prix des blés US (+8 $/t sur la semaine pour les blés HRW par exemple à 232 $/t Fob), en passant par l’Argentine (+8 $/t, à 220 $/t Fob) jusqu’à la Russie (+7 $/t, à 235 $/t Fob). En Russie, l’offre qui arrive dans les ports du sud est en train de se contracter et, contrairement à l’an dernier, le gouvernement n’envisage pas de subvention au transport pour acheminer les céréales de Sibérie vers les zones d’exportation du sud.

Le souci en Russie pour l’instant est de chercher à préserver l’approvisionnement de chaque région, dans un contexte où les disponibilités s’amenuisent alors que les blés russes restent encore attractifs sur le marché mondial. En revanche, la situation s’est détendue en mer d’Azov où les deux ports ukrainiens bloqués le mois dernier semblent avoir repris un fonctionnement normal.

Les blés français impassibles sur le marché physique

Sur Euronext, la cotation la plus rapprochée (décembre) se positionnait à 202,25 €/t à l’heure d’écrire ces lignes, en hausse de presque 3 €/t. Au contraire, sur le marché physique, les prix français sont restés quasi stables (à 196 €/t rendu Rouen ou 188 €/t Fob Moselle). Ces blés français sont en effet restés comprimés par leur manque d’attractivité (les blés allemands à 12,5 % de protéines valent moins cher que les blés français) et une compétition renouvelée de la part du centre de l’UE suite à la remontée du niveau des eaux dans les artères fluviales qui relient le centre et le nord de l’UE (Rhin notamment).

Sur le front des achats, l’Égypte s’est manifestée cette semaine, bouclant 350 000 tonnes de blé russe et ukrainien pour livraison sur janvier. Les achats de ce pays continuent donc mais des inquiétudes commencent à émerger à la suite du retard conséquent concernant l’émission des lettres de crédit par ce pays (document bancaire que l’acheteur doit transmettre au vendeur). Vu l’importance stratégique des importations de blé en Égypte, il est probable que ces difficultés financières n’amputeront pas finalement ses achats. Néanmoins, elles pourraient les retarder et certains opérateurs vont sans doute rester prudents.

L’orge fourragère monte mais la brassicole baisse

Contrairement au blé, les orges françaises se sont renchéries cette semaine sur le marché physique ; elles gagnent 1 €/t à Rouen (à 196 €/t) et 2 €/t en Moselle (à 193 €/t). Ce mouvement peut s’expliquer par les chargements en cours vers l’Afrique du Nord et l’appel d’offres que la Jordanie vient de lancer pour 120 000 tonnes. Les orges européennes et françaises sont moins chères que les orges de la mer Noire et attractives pour la réponse à ces appels d’offres.

Sur le créneau brassicole, en revanche, les prix se sont affaissés : les orges d’hiver ont abandonné 1 €/t à 205 €/t Fob Creil et les orges de printemps 6 €/t à 216 €/t. Cette baisse est probablement à mettre sur le compte du relâchement des exigences qualitatives requises par certains malteurs nord-européens qui acceptent désormais, semble-t-il, des taux de protéine pouvant monter jusqu’à 12 %.

Le maïs pris en étau

Stabilité à affaissement cette semaine pour les prix des maïs français (-1 €/t à 174,5 €/t Fob Bordeaux). La possibilité d’une détente sino-US a d’abord exercé un effet haussier en début de semaine mais cela a vite été contrecarré par la faiblesse de ventes de maïs français à l’export et la remontée de la concurrence exercée par les maïs du centre de l’UE à la suite de la remontée des eaux dans le Rhin et le Danube.

Le colza français en légère hausse

Le colza français a progressé suite à l’annonce par la Commission européenne du projet de remettre en place des taxes anti-subvention sur les importations de biodiesel argentin. Cette proposition une fois validée par les pays membres devrait augmenter la demande en huile de colza de l’industrie du biodiesel. De plus, les cours du colza ont profité en début de semaine de la hausse du pétrole et de la montée du soja américain soutenue par la trêve commerciale entre les États-Unis et la Chine, décidée en marge du G20. Cette note haussière a été atténuée hier par la tendance baissière du complexe soja et de l’huile de palme (dont les stocks en Asie du Sud-Est restent à des niveaux records). Ainsi, les prix du colza affichent finalement une légère hausse par rapport à la semaine dernière, ils gagnent 3,5 €/t en rendu Rouen, 1 €/t en fob Moselle et sur Euronext.

Du côté logistique, faisant suite aux dernières précipitations, le niveau actuel des eaux sur le Rhin permet la reprise progressive de la circulation des barges. La demande des usines allemandes pour du colza français devrait donc baisser.

D’autre part, les membres de l’Opep réunis ce vendredi à Vienne s’approchent d’un accord sur la réduction de leur production de pétrole à partir de 2019. S’il est validé, cet accord devrait tirer les prix de l’or noir vers le haut et par ricochet le complexe oléagineux.

En canola, StatCan a révisé à la baisse le 6 décembre son estimation de la production canadienne à 20,34 Mt (21,33 Mt l’an passé), ce qui a apporté un soutien aux cours du canola qui gagnent 7,5 $ canadiens cette semaine. En outre, l’Australie a confirmé la nette baisse de sa récolte de canola à seulement 2,24 Mt, soit une baisse de 39 % par rapport à l’an dernier.

Le tournesol en équilibre

Le tournesol a trouvé son équilibre dans le marché français entre une demande soutenue et une offre suffisante. Il est resté stable cette semaine à Saint-Nazaire, à 300 €/t. Le Fob ukrainien subit toujours la pression de l’offre abondante et cède 5 $/t.

Le bilan mondial de tournesol est plutôt confortable cette année grâce aux récoltes records en mer Noire. Les prix se sont effondrés durant les derniers mois mais disposent encore d’un potentiel de baisse avec l’arrivée prochaine de la récolte argentine qui s’annonce plutôt bonne.

Le soja américain entre optimisme et incertitude

Le soja américain marque une belle performance cette semaine à la suite de l’annonce des deux présidents américain et chinois d’une trêve commerciale de 90 jours le temps de formuler un accord plus durable sur les relations commerciales entre les deux pays. Cette annonce a redonné de l’espoir aux opérateurs du marché qui espéraient la levée de la taxe imposée par la Chine sur les sojas américains. Les prix ont donc grimpé depuis le début de la semaine. Mais la Chine n’a pas encore concrétisé ses engagements et les achats chinois du soja américain sont toujours absents. La situation reste floue. En outre, les craintes sur l’avenir des négociations sino-américaine ont augmenté suite à l’arrestation au Canada d’un haut dirigeant du géant chinois Huawei à la demande de Washington.

Les prix du soja affichent une nette hausse de 7 $/t sur le rapproché et de 9 $/t sur l’échéance de mai 2019 par rapport à la semaine dernière. Toutefois, si les achats chinois ne reprennent pas dans les prochains jours (ce qui ne pourra pas arriver tant que la taxe à l’importation sur le soja US ne sera pas levée officiellement), le soja américain pourrait se replier de nouveau compte tenu des stocks américains historiquement élevés et des récoltes sud-américaines attendues à des niveaux records. La récolte brésilienne devrait par ailleurs démarrer à la fin de décembre, soit avec une précocité encore jamais vue.

Les tourteaux de soja affichent une hausse de 4 $/t à Chicago cette semaine soutenus par la hausse de la graine. Ils marquent une hausse plus forte de 7 €/t à Montoir grâce à une demande très dynamique.

À SUIVRE : poursuite des négociations USA-Chine, exportations russes et argentines de blé, capacité de paiement de l’Égypte, récolte sud-américaine de soja et de maïs, reprise des importations chinoises du soja américain, évolution du prix du pétrole, réinstauration des taxes sur les importations de biodiesel argentin.

Tallage
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