Le géant américain de la viande Tyson Foods annonçait le jeudi 23 avril 2020 la fermeture temporaire d’un troisième abattoir, « en raison de la contamination par le Covid-19 de salariés ». Quelques jours plus tôt, son concurrent JBS USA arrêtait lui aussi deux de ses usines, dont l’une abat 20 000 porcs par jour. Même décision pour Smithfields Foods qui fermait de son côté deux de ses sites de transformation de viande, et un abattoir qui représente à lui seul 4 à 5 % de la production de porcs aux États-Unis.

Selon le principal syndicat agricole aux États-Unis, Farm Bureau, au moins 18 usines de viande ont été fermées au cours des deux derniers mois, diminuant au passage la capacité du pays à transformer de la viande de porc d’environ 20 % et celle de bœuf de 10 %.

Donald Trump rouvre les usines

Sur fond de crainte de pénuries en raison du coronavirus, le président américain Donald Trump a inversé la tendance. Il a signé ce mardi 28 avril un décret ordonnant aux producteurs de viande de maintenir leur activité, a indiqué la Maison Blanche.

Donald Trump « signe un décret lui donnant compétence pour assurer un approvisionnement ininterrompu en bœuf, porc et volaille aux Américains », a annoncé la présidence dans un communiqué. Le président a invoqué le « defense production act » pour classer ce secteur comme crucial dans la grave crise économique que traversent les États-Unis. Le gouvernement fédéral s’est engagé de son côté à fournir des équipements de protection pour les employés du secteur.

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Les syndicats américains vent debout

Le syndicat représentant les salariés du secteur agroalimentaire, l’UFCW, a demandé mardi 28 février que le décret présidentiel soit accompagné de mesures pour augmenter les tests Covid-19 et les mesures de distanciation sociale dans les usines.

« La réalité est que ces travailleurs mettent leur vie en jeu tous les jours pour nourrir notre pays durant cette épidémie meurtrière », a souligné le président de l’UFCW Marc Perrone. Il faut faire de la santé et de la sécurité de ces travailleurs une priorité », a-t-il ajouté dans un communiqué, appelant les autorités à contrôler de près les mesures mises en place par les entreprises.

Selon lui, au moins 20 employés du secteur sont morts du coronavirus et plus de 5 000 autres ont été hospitalisés ou ont présenté des symptômes.

Les entreprises du secteur assurent pourtant avoir mis en place les mesures sanitaires nécessaires pour protéger les travailleurs, entre tests de dépistage, contrôle de température, protections pour le visage ou installations d’écrans en plexiglas.

« Un foyer de contagion » dans les usines

À l’usine de Smithfield Foods à Sioux Falls, dans le Dakota du Sud, où quelque 3 700 personnes abattent, découpent et transforment habituellement des milliers de cochons chaque jour, le site « est très vieux », explique par exemple Kooper Caraway, responsable local du syndicat AFL-CIO.

« Les couloirs sont très étroits, les vestiaires comme les salles à manger sont petits », forçant les salariés à travailler et à se déplacer « épaule contre épaule », a-t-il raconté, ajoutant que la direction « n’a pas pris la situation au sérieux suffisamment tôt ».

Et quand elle a fini par modifier les règles sanitaires, « c’était trop tard, plusieurs dizaines de travailleurs étaient déjà positifs [au Covid-19] et le site est devenu un foyer de contagion ».

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La détresse des éleveurs américains

Certains éleveurs, de leur côté, ne peuvent plus acheminer leurs animaux à l’abattoir.

Si les vaches et les bœufs peuvent sans trop de problèmes continuer à brouter dans les prés, les porcs sont la plupart du temps engraissés à l’intérieur selon un calendrier assez précis. S’ils deviennent trop gras, ils perdent de leur valeur et peuvent se blesser.

Le ministère américain de l’Agriculture (USDA) a dû mettre en place une cellule spéciale pour soutenir les producteurs devant se débarrasser de leurs animaux, y compris en les aidant à euthanasier leurs bêtes.

L’association Food and Water Watch, qui milite pour une meilleure surveillance de la chaîne alimentaire, dénonce pour sa part les remarques alarmistes des géants de la viande sur d’éventuelles pénuries, alors même que les réserves de bœuf et de poulet congelés sont à un niveau élevé.

« Il est crucial que l’industrie alimentaire protège ses salariés en fermant des usines quand cela est nécessaire afin d’éviter que l’ensemble de la chaîne alimentaire ne s’effondre », estime un de ses responsables, Tony Corbo, dans un communiqué. Le gouvernement devrait plutôt, à ses yeux, « faire en sorte d’acheminer les abondantes réserves de viande congelées aux magasins et banques alimentaires qui ont en besoin. »

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La réalité du marché boursier

Du côté de la Bourse de Chicago, la situation n’est pas plus favorable ces derniers jours. Le cours du blé est tombé à son plus bas niveau en plus d’un mois ce mercredi 29 avril et la production d’éthanol a atteint un nouveau plus bas niveau historique la semaine dernière. Elle s’établissait à 537 000 barils par jour, selon les données diffusées mercredi par l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). Cette chute traduit le ralentissement du transport causé par les mesures de confinement pour endiguer le coronavirus.

En revanche, le soja a été favorisé par une vente vers le Mexique, portant sur 108 860 tonnes, selon le système du ministère de l’Agriculture recensant les exportations privées au jour le jour. Selon plusieurs experts, l’oléagineux a aussi profité du décret signé par Donald Trump.

Oriane Dieulot, avec l’AFP